Une enquête dévoile les coulisses du “bureau de la remigration” créé par Trump
Dans le cadre d’une large investigation du consortium Forbidden Stories, menée par 72 journalistes, issus de 26 médias, dans 15 pays, “The Washington Post” décortique comment la politique d’expulsions de masse voulue par le locataire de la Maison-Blanche s’est nichée au sein même du département d’État américain. Celle-ci a abouti à des accords bilatéraux avec 28 pays, où ont d’ores et déjà été expulsés plus de 25 000 ressortissants de pays tiers..
Une enquête menée par 72 journalistes issus de 26 médias dans 15 pays, coordonnée par le consortium Forbidden Stories, a révélé les coulisses d’un bureau peu connu du département d’État américain, créé sous l’administration Trump. Ce bureau de la remigration, dirigé par le diplomate Christian Ehrhardt, était chargé de négocier des accords avec des pays étrangers afin d’y expulser des migrants en situation irrégulière aux États-Unis. Ce bureau, composé d’environ 15 employés, a marqué un tournant dans la politique migratoire américaine en inversant la priorité historique des États-Unis, qui soutenaient traditionnellement la réinstallation des réfugiés. Le terme remigration, controversé, est souvent associé à des mouvements d’extrême droite en Europe prônant l’expulsion des immigrés. Jusqu’à présent, ce bureau a permis l’expulsion de plus de 25 000 personnes vers 28 pays tiers, où ces migrants n’ont aucun lien personnel ou national.
Pour parvenir à ses objectifs, le bureau de la remigration a mis en place des accords bilatéraux avec des pays étrangers, souvent assortis de contreparties financières ou diplomatiques. Par exemple, les États-Unis ont conclu des accords avec le Costa Rica pour y expulser des migrants originaires de Chine, de Russie, d’Iran ou d’Afghanistan, ainsi qu’avec le petit royaume d’Eswatini pour des migrants du Vietnam, du Laos, de Cuba ou de la Jamaïque. Ces accords s’accompagnaient parfois de promesses de levées de restrictions de visas, de réductions de droits de douane ou de financements pour des infrastructures locales. L’administration Trump a prévu d’y consacrer au moins 410 millions de dollars (environ 357 millions d’euros), dont 81 millions (70 millions d’euros) directement versés aux gouvernements signataires. Ces méthodes ont suscité des critiques, notamment sur le caractère coercitif de ces accords et leur impact sur les droits des migrants.
Pour faciliter ces expulsions, le bureau de la remigration a également mobilisé des institutions internationales comme l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) et le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Selon le Washington Post, 179 millions de dollars (156 millions d’euros) ont été alloués à l’OIM et 124 millions (108 millions d’euros) au HCR pour soutenir ce programme. Par exemple, dans le cadre de l’accord avec le Costa Rica, les États-Unis ont transféré 22,6 millions de dollars (20 millions d’euros) à l’OIM pour gérer les retours volontaires assistés vers les pays d’origine, et 10 millions (9 millions d’euros) au HCR pour aider les migrants demandant l’asile dans des pays tiers. Un ancien responsable du département d’État a souligné que cette administration conditionnait ses financements à l’adhésion aux accords d’expulsion, forçant ainsi ces organisations à collaborer malgré leurs désaccords avec cette politique.
La majorité des migrants expulsés par les États-Unis ont été envoyés vers le Mexique, en vertu d’un accord informel, ou vers des pays d’Afrique et d’Amérique latine. Ces expulsions vers des pays tiers, où les migrants n’ont aucun lien, soulèvent des questions éthiques et juridiques. Par exemple, des vols ont été organisés vers des destinations comme le Costa Rica, l’Eswatini ou d’autres pays africains, transportant des personnes originaires de régions totalement différentes, comme la Chine, l’Afghanistan ou Cuba. Ces pratiques ont été critiquées pour leur manque de transparence et leur impact sur les droits humains, notamment dans les pays receveurs, souvent sous-financés et peu préparés à accueillir ces populations. L’enquête révèle ainsi une politique migratoire américaine radicalement différente de ses engagements historiques en matière de protection des réfugiés.

