La saison de la grippe arrive exceptionnellement tôt cette année : les médecins surveillent un variant inhabituel
Habituellement, le virus de la grippe a au moins la décence de débarquer un peu plus tard dans l'automne, histoire de ne pas rajouter une couche de déprime par dessus la rentrée. Cette année, il est arrivé en avance, et ce n'est malheureusement pas la seule mauvaise surprise qu'il nous réserve..
Cette année, la saison grippale aux États-Unis a commencé un mois plus tôt que d’habitude, dès le début du mois de septembre au lieu d’octobre ou novembre. Habituellement, le pic de la grippe se situe entre décembre et février, ce qui coïncide avec les fêtes de fin d’année. En France, le pic est généralement atteint entre fin janvier et février. Cette arrivée précoce est inhabituelle et intrigue les experts. Plusieurs indicateurs confirment cette tendance : la proportion de tests positifs à la grippe augmente depuis septembre, tout comme le nombre de passages aux urgences liés au virus. Les épidémiologistes comme Caitlin Rivers, de l’Université Johns Hopkins, soulignent que ces signes convergents indiquent clairement le début de la saison grippale, même si son caractère prématuré les surprend.
Le sous-type de virus grippal dominant cette année aux États-Unis n’est pas celui de l’an dernier. Il s’agit d’un variant du H1N1, un type de virus influenza A, qui représente 96 % des cas sous-typés selon les données du CDC (Centre de contrôle et de prévention des maladies américain) pour la dernière semaine de septembre. Le H1N1 est un virus de la famille des influenza, responsable de la grippe saisonnière. L’influenza B, un autre type de virus grippal, n’a même pas été détecté. Ce variant du H1N1 porte une mutation spécifique, appelée G155E, qui attire particulièrement l’attention des virologues en raison de ses caractéristiques inquiétantes.
La mutation G155E est au cœur des préoccupations des scientifiques. Des études antérieures, comme celle publiée en 2019 dans la revue Virology Journal, avaient déjà montré que cette mutation pouvait multiplier par treize la capacité du virus à se répliquer et réduire d’un facteur cent l’efficacité des anticorps dirigés contre lui. Une prépublication de septembre 2026, signée par Jesse Bloom et ses collaborateurs, confirme que les souches porteuses de cette mutation sont moins bien reconnues par les défenses immunitaires. Les adolescents et jeunes adultes sont particulièrement vulnérables, car beaucoup n’ont jamais été exposés à des souches de H1N1 similaires. Alex Greninger, virologue à l’Université de Washington, recommande vivement la vaccination pour limiter la propagation de ce variant.
L’activité grippale semble avoir émergé depuis la côte Ouest des États-Unis, notamment dans des États comme la Californie, Washington, Hawaï et l’Alaska. Cette localisation est inhabituelle, car les vagues de virus respiratoires commencent généralement par le Sud avant de s’étendre. Scott Hensley, virologue à l’Université de Pennsylvanie, souligne que si les cas continuent d’augmenter au rythme actuel sur la côte Ouest, cela pourrait indiquer une saison grippale exceptionnellement précoce pour les États-Unis. À Seattle, l’activité grippale atteint déjà des niveaux comparables à ceux observés habituellement aux alentours de Noël.
Face à cette situation, les experts recommandent fortement la vaccination contre la grippe. Alex Greninger, virologue à l’Université de Washington, insiste sur l’urgence de se faire vacciner, car la mutation G155E circule activement. La vaccination reste le premier rempart pour atténuer la circulation du virus et réduire la sévérité de la saison grippale. En France, la couverture vaccinale est jugée insuffisante, ce qui pourrait compliquer la gestion de l’épidémie. Les experts rappellent que l’efficacité du vaccin dépendra en partie de la mutation G155E, mais que la vaccination globale de la population reste cruciale pour limiter l’impact de la grippe.
Malgré ces signaux d’alerte, les experts américains ne s’avancent pas sur la sévérité de la saison grippale à venir. James Hay, épidémiologiste à l’Université d’Oxford, précise qu’un démarrage précoce ne signifie pas nécessairement une saison plus sévère. Les données actuelles reposent encore sur un nombre relativement faible de tests positifs, loin des volumes observés en plein pic épidémique. Les experts soulignent que la couverture vaccinale et la mutation G155E influenceront l’efficacité réelle de la protection, mais il est trop tôt pour prédire l’ampleur de l’épidémie en France ou aux États-Unis.

