Lignes directes avec le FBI, fantasmes de hack back : comment Microsoft collabore réellement avec les autorités
Les opérations de démantèlement d'infrastructures cybercriminelles reposent bien souvent sur un réseau de partenariats entre des géants de l'informatique et les autorités du monde entier. Steven Masada, à la tête de la Digital Crimes Unit, nous détaille les rouages de ces coopérations public-privé..
Les opérations contre la cybercriminalité reposent souvent sur des collaborations entre entreprises technologiques et autorités. Microsoft illustre ce modèle avec sa Digital Crimes Unit (DCU), une unité dédiée à la lutte contre les cybermenaces. En mars 2026, Numerama a visité ses locaux à Redmond (États-Unis), où trois box téléphoniques relient directement des agents du FBI, du Secret Service américain et de Homeland Security Investigations. Ces lignes permettent une coordination en temps réel. D’autres agences, comme la police fédérale australienne, ont aussi bénéficié de ce dispositif par le passé. Ces partenariats visent à combiner les forces : les entreprises apportent leur expertise technique et leur visibilité sur les infrastructures cybercriminelles, tandis que les autorités apportent leur pouvoir juridique et leur capacité d’intervention.
Microsoft joue un rôle clé grâce à la diversité de ses produits, qui génèrent plus de 100 trillions de signaux analysés chaque jour. Cette masse de données permet à la DCU de cartographier les infrastructures cybercriminelles et d’identifier des schémas d’attaques. Cependant, l’entreprise ne peut ni arrêter ni extrader des cybercriminels. Son action se limite à des mécanismes légaux, comme des poursuites judiciaires ou des demandes de blocage d’infrastructures. Steven Masada, directeur de la DCU, insiste sur le cadre strict : pas de « hack back » (contre-attaques illégales) ni d’accès aux données des autorités. Les partenaires publics présents dans les locaux de Microsoft n’ont accès qu’à des espaces sécurisés dédiés aux échanges, sans intrusion dans les systèmes internes.
La lutte contre la cybercriminalité dépasse les frontières, comme le montre la collaboration de Microsoft avec Europol. Quatre fois par an, un analyste de la DCU se rend au Centre européen de lutte contre la cybercriminalité (EC3) à La Haye pour participer à des enquêtes prioritaires. Cette coopération s’étend aussi au Royaume-Uni, où des équipes de Microsoft interviennent ponctuellement. Ces partenariats permettent de mutualiser les ressources et d’agir à l’échelle mondiale, car les cybercriminels exploitent souvent des infrastructures réparties dans plusieurs pays. L’opération Endgame en juin 2026, menée avec Europol, a ainsi permis de démanteler plus de 300 serveurs et de saisir 27 millions d’identifiants volés, ciblant des malwares comme SocGholish, Amadey et StealC.
Le passage d’une enquête interne à un partenariat avec les autorités dépend de l’ampleur de la menace et de l’efficacité potentielle de l’intervention. Microsoft et les forces de l’ordre évaluent si une action conjointe peut perturber durablement une campagne cybercriminelle, qu’il s’agisse d’un service illicite (comme un kit de phishing), d’une famille de malware ou d’un acteur étatique. L’objectif n’est pas d’éliminer définitivement les cybercriminels, mais de dégrader leur capacité à opérer. Cela passe par l’augmentation des coûts, la création de frictions dans leur écosystème et le ralentissement de leurs activités. Par exemple, chaque heure passée à reconstruire des infrastructures représente une heure et un dollar en moins pour attaquer de nouvelles victimes.
Les saisies d’infrastructures et les poursuites judiciaires ne sont qu’une partie de la stratégie de Microsoft. L’entreprise travaille aussi à renforcer la sécurité de ses propres produits, comme ses comptes e-mail ou ses services cloud (*Azure*), souvent détournés par des cybercriminels. Ces actions s’inscrivent dans une logique de prévention et de protection des utilisateurs. Steven Masada souligne que ces partenariats public-privé sont essentiels face à l’évolution rapide des menaces, notamment avec l’essor de l’intelligence artificielle, adoptée précocement par les cybercriminels. Aucun acteur, public ou privé, ne peut à lui seul contrer ces menaces. La réponse doit être globale et coordonnée, car la cybercriminalité est par nature transnationale.

