Des archéologues français ont découvert un bocal rempli de plus de 40 000 pièces de monnaie romaines vieux de plus de 1 800 ans
Sous le sol d’une maison gallo-romaine, trois grandes jarres ont conservé des dizaines de milliers de pièces pendant près de 1 800 ans. Ce trésor romain n’avait pourtant rien d’un magot caché dans l’urgence.
En 2026, des archéologues de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) ont exhumé un trésor romain inédit à Senon, dans la Meuse. Sous le sol d’une ancienne maison gallo-romaine, ils ont découvert trois grandes jarres contenant plus de 40 000 pièces de monnaie en bronze, datées du IVe siècle de notre ère. Cette découverte est exceptionnelle car les fouilles archéologiques ne retrouvent généralement que quelques pièces éparses, jamais un ensemble aussi volumineux et intact. Les jarres, enfouies dans le sol des habitations, étaient accessibles au quotidien, ce qui suggère qu’il ne s’agissait pas d’un magot caché en urgence, mais plutôt d’une épargne domestique utilisée et alimentée régulièrement par ses propriétaires.
Les trois jarres mises au jour contenaient un total de 40 000 à 43 000 pièces de bronze, pesant entre 38 et 50 kilogrammes. La première jarre abritait environ 23 000 à 24 000 pièces, la seconde 18 000 à 19 000, tandis que la troisième, déjà vidée dans l’Antiquité, n’a conservé que trois pièces. Toutes ces monnaies ont été frappées entre 280 et 310 après J.-C., sous le règne d’empereurs comme Victorin, Tétricus père et Tétricus fils, qui dirigèrent l’éphémère Empire gaulois (260–274). Ces pièces, en bronze de faible valeur, circulaient en grand nombre sur les marchés antiques. Pour réunir une somme significative, il fallait donc en accumuler des dizaines de milliers, ce qui explique l’importance de ce dépôt.
Contrairement à un trésor enfoui dans l’urgence, les jarres étaient intégrées au sol des pièces à vivre, avec leur ouverture au ras du sol. Cette disposition indique qu’elles servaient de réserve d’épargne accessible au quotidien. Des pièces collées au rebord des jarres montrent que les habitants continuaient à les remplir régulièrement, comme on le ferait aujourd’hui avec un compte bancaire. Simon Ritz, directeur de la fouille, et Vincent Geneviève, numismate, soulignent que ce système reflète une gestion presque bancaire de l’argent pour l’époque. Les économies n’étaient donc pas cachées loin des yeux, mais bien intégrées à la vie quotidienne du foyer.
Ces jarres d’épargne étaient situées dans un quartier gallo-romain prospère, occupé du IIe siècle avant J.-C. au IVe siècle de notre ère. À seulement 150 mètres d’un ancien poste militaire, ce secteur abritait des maisons en pierre équipées de chauffage par le sol, de caves et d’ateliers avec fours, signes d’une activité artisanale et commerciale florissante. Un violent incendie a ravagé l’agglomération au début du IVe siècle, probablement au moment où les habitants ont cessé de récupérer les pièces des jarres. Après cet incendie, le quartier n’a été occupé que brièvement, pendant une cinquantaine d’années, avant d’être abandonné.
Cette découverte offre un éclairage rare sur les pratiques économiques et financières de l’Antiquité tardive. Les pièces retrouvées, toutes en bronze, illustrent la circulation monétaire dans une région frontalière, proche des actuelles frontières belge, luxembourgeoise et allemande. Elles témoignent aussi de la stabilité relative de l’*Empire gaulois*, une période marquée par des empereurs locaux comme Tétricus, qui ont tenté de maintenir un système économique autonome face à Rome. Pour les archéologues, ce trésor est une fenêtre sur la vie quotidienne des Gallo-Romains, révélant comment ils géraient leur argent au jour le jour, bien loin des trésors légendaires souvent associés à cette époque.

