“Unusual suspects” : ces retraités reconvertis dans le trafic de drogue en Afrique
L’implication croissante dans le narcotrafic des personnes âgées, hommes comme femmes, traduit leur vulnérabilité économique et sociale, et préoccupe certains médias quant à l’exemplarité qu’ils sont censés incarner..
En Afrique de l’Ouest, des personnes âgées, parfois très âgées, sont de plus en plus souvent arrêtées pour trafic de drogue. Selon l’Agence nationale nigériane de lutte contre la drogue (NDLEA), 32 individus âgés de 60 à 101 ans ont été interpellés depuis janvier 2026. Parmi eux, une arrière-grand-mère de 101 ans arrêtée en août 2026 au Nigeria pour trafic de cocaïne, ou encore un homme de 70 ans saisi avec plus de 130 kilos de cannabis au Cameroun en novembre 2025. Ces cas, rapportés par des médias locaux comme AfricaPress ou Seneweb, et analysés par l’Institut d’études de sécurité (ISS Africa), montrent que le profil des trafiquants évolue. Traditionnellement associé à des profils jeunes, le narcotrafic intègre désormais des retraités, hommes et femmes, ce qui surprend les observateurs.
L’analyse de l’ISS Africa souligne que ces arrestations ne sont pas des cas isolés, mais reflètent un schéma systémique. Pour la NDLEA, ces interpellations de seniors, qui s’élèvent à 32 depuis le début de l’année 2026, révèlent une tendance durable plutôt qu’un phénomène ponctuel. Cette implication croissante des retraités dans le trafic interroge, car elle contraste avec l’image traditionnelle des délinquants, souvent jeunes. Les autorités nigérianes, comme le responsable de la communication de la NDLEA Femi Babafemi, y voient un changement de paradigme dans les méthodes des réseaux criminels, qui exploiteraient la vulnérabilité économique et sociale de ces personnes âgées.
Les experts s’interrogent sur les raisons poussant des retraités à se lancer dans le trafic de drogue. Plusieurs facteurs pourraient expliquer ce phénomène. D’abord, la précarité financière : avec des pensions souvent insuffisantes, certains seniors chercheraient des revenus complémentaires pour subvenir à leurs besoins ou aider leur famille. Ensuite, l’isolement social et le manque de perspectives pourraient les rendre plus vulnérables aux sollicitations de réseaux criminels. Enfin, dans certains cas, la pression familiale ou les dettes pourraient jouer un rôle. Ces éléments, combinés à une offre criminelle en expansion en Afrique de l’Ouest, créeraient un terreau favorable à cette reconversion inattendue.
L’implication de retraités dans le trafic de drogue suscite des réactions contrastées. D’un côté, elle interroge sur l’exemplarité attendue de cette génération, souvent perçue comme un modèle de sagesse et de respectabilité. De l’autre, elle révèle les failles des systèmes de protection sociale en Afrique, incapables de garantir une retraite décente à une partie de la population. Les médias locaux et internationaux, comme la *BBC* ou *AfricaPress*, soulignent l’absurdité de voir des personnes âgées, parfois très âgées, risquer leur liberté pour des sommes relativement modestes. Ce phénomène met en lumière les défis économiques et sociaux auxquels font face les pays africains, où la criminalité organisée profite des vulnérabilités structurelles.

