Des chercheurs pensent avoir trouvé l'arme ultime contre le scroll infini sur les réseaux sociaux
Des psychologues expliquent comment transformer notre envie de scroller en véritable moteur d'apprentissage et de découverte..
Les réseaux sociaux utilisent une technique appelée scroll infini (défilement sans fin) pour capter l'attention des utilisateurs. Ce mécanisme exploite notre curiosité naturelle en nous présentant en permanence de nouvelles informations, sans jamais nous satisfaire complètement. Selon des psychologues comme Celeste Kidd, professeure à l'université de Californie à Berkeley, cette sensation de curiosité ressemble à une démangeaison : elle est désagréable et nous pousse à chercher une réponse ou une information pour apaiser cette tension. Cependant, le scroll infini agit comme une crème apaisante : il soulage temporairement cette démangeaison sans résoudre le problème sous-jacent. L'article souligne que cette méthode est conçue pour maintenir notre attention le plus longtemps possible, souvent au détriment de notre productivité ou de notre bien-être.
Plutôt que de lutter contre l'addiction au scroll infini en s'imposant des routines strictes ou des activités perçues comme des devoirs (comme la lecture ou le dessin), les chercheurs proposent une approche différente : utiliser notre curiosité naturelle comme un moteur d'apprentissage et de découverte. L'idée est de transformer cette curiosité, souvent éphémère, en un intérêt durable. Par exemple, l'écrivain John Paul Brammer a redécouvert la lecture en explorant l'œuvre de l'auteur David Foster Wallace, sans méthode rigide, simplement en suivant ses envies. La curiosité devient alors une activité hédoniste (plaisante et gratifiante), bien plus efficace que les solutions traditionnelles pour sortir de la spirale du défilement automatique.
Celeste Kidd explique que la curiosité active des mécanismes cérébraux similaires à ceux du plaisir. Lorsqu'une information répond à une question ou comble une attente, le cerveau libère des neurotransmetteurs comme la dopamine, associée à la satisfaction. Cependant, une étude menée par Kidd montre que si la curiosité est comblée trop rapidement ou sans effort, l'envie d'apprendre disparaît aussitôt. Par exemple, des participants payés pour trouver une information qu'ils croyaient déjà connaître ne montraient aucun intérêt à approfondir le sujet. Pour éviter ce piège, Kou Murayama, professeur à l'université de Tübingen en Allemagne, suggère de relier la curiosité à des connaissances existantes ou à son identité personnelle, afin de la rendre plus durable.
Pour entretenir un intérêt durable, les experts recommandent de partir d'un sujet que l'on connaît déjà un peu, afin de ne pas se sentir perdu. Cette approche s'inspire des bébés de sept mois, naturellement attirés par des informations qui bousculent légèrement leurs attentes, sans être trop complexes. Par exemple, Celine Nguyen, autrice et conceptrice de logiciels, a exploré l'histoire de l'art, puis la danse contemporaine, en suivant sa curiosité étape par étape. Elle décrit cette démarche comme une balade dans un immense paysage d'informations. L'objectif n'est pas de suivre un projet ambitieux, mais de commencer par une question floue ou un sujet qui nous intrigue, puis de laisser la curiosité guider les recherches suivantes.
L'article donne plusieurs exemples pour illustrer cette méthode. John Paul Brammer a redécouvert la lecture en explorant l'œuvre de David Foster Wallace, sans méthode rigide, simplement en suivant ses envies. Celine Nguyen, quant à elle, a commencé par s'intéresser au *vibe coding* (une méthode utilisant l'intelligence artificielle pour faciliter l'écriture de code), avant de se tourner vers l'histoire de l'art, puis la danse contemporaine et enfin la chorégraphe Pina Bausch. Ces parcours montrent comment une curiosité initiale peut mener à des découvertes enrichissantes, sans nécessiter de discipline stricte ou de projet structuré. L'idée est de laisser la curiosité guider les recherches, comme une exploration libre et plaisante.

