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Société

Des utopistes de la tech veulent créer leur propre cité-État dans un monde post-IA, et ça promet

Slate FR · mis à jour 23 sept.

Une entreprise américaine ambitionne de créer une sorte de Silicon Valley 2.0, qui fait un peu froid dans le dos. Cette cité du futur sera bâtie en Uruguay et 2.500 personnes ont déclaré être prêtes à s'y installer..

Un projet utopique

Praxis, une entreprise américaine spécialisée dans les technologies, ambitionne de créer une cité-État futuriste nommée Colonia en Uruguay, sur les rives du Río de la Plata. Ce projet s’inscrit dans une vision post-intelligence artificielle (IA), où cette technologie aurait profondément transformé la société. L’objectif affiché est de rassembler les penseurs les plus talentueux et brillants du monde, selon Dryden Brown, PDG de Praxis, pour expérimenter de nouvelles formes de culture, d’économie et de gouvernance. Le concept s’inspire des civilisations antiques grecques et romaines, avec une esthétique mettant en avant des valeurs comme la vérité, la beauté et l’héroïsme. Praxis imagine une société composée de marchands corpulents, de guerriers musclés et de prêtres très minces, reflétant une vision à la fois ambitieuse et esthétiquement marquée.

Choix géographique précis

Le site retenu pour Colonia se situe entre Montevideo (Uruguay) et Buenos Aires (Argentine), sur près de huit kilomètres de côtes uruguayennes. Ce choix stratégique permet de bénéficier des avantages juridiques et fiscaux des deux pays, tout en offrant un climat agréable et des conditions de vie attractives, comme de belles vagues pour le surf. Eduardo Bastitta, entrepreneur proche du président argentin Javier Milei, a acquis ce terrain et lancé les travaux de construction. Plusieurs bâtiments sont déjà en cours d’édification, et plus de 2 500 appartements auraient déjà été vendus. Le projet est financé par des levées de fonds et un prêt massif d’une société spécialisée dans les cryptomonnaies, soulignant l’importance des technologies financières dans ce modèle.

Une communauté numérique

Praxis s’appuie principalement sur une communauté numérique de plus de 2 500 membres, qui se réunissent en ligne et lors d’événements à New York. Ces participants portent des plaques d’identification avec la mention Rendez-vous dans la Ville éternelle, une référence symbolique à leur projet. Ce modèle s’inscrit dans un mouvement plus large de la Silicon Valley, où des acteurs technologiques cherchent à expérimenter de nouvelles formes de gouvernance en dehors des structures politiques traditionnelles. L’une des idées phares de ce courant est celle de l’État en réseau : des communautés qui se forment d’abord en ligne autour de valeurs communes, avant de se doter de territoires et d’infrastructures autonomes. Praxis assure pour l’instant que son projet ne visera pas l’indépendance et restera dans le cadre juridique uruguayen.

Critiques et incertitudes

Le projet de Praxis suscite des critiques, certains y voyant un crypto-État ou une sous-culture d’extrême droite, bien que l’entreprise rejette cette interprétation. Les opposants dénoncent un projet élitiste imaginé par une poignée de milliardaires du secteur technologique pour s’isoler des contraintes sociales et fiscales. Praxis affirme que Colonia ne sera pas une cité-État indépendante à court terme, mais une ville fonctionnant sous le cadre juridique uruguayen. Les défis restent nombreux : viabilité économique, acceptation locale, et surtout la réalisation concrète d’un projet encore largement hypothétique. Les contours du projet évoluent constamment, et son avenir dépendra de nombreux facteurs encore incertains.

Ce que ça pourrait changer

Le projet s’inscrit dans un contexte politique marqué par les liens d’Eduardo Bastitta avec le président argentin Javier Milei, figure du libéralisme économique. Milei, inspiré par les théories de Friedrich Hayek, prône une réduction de l’État et une économie de marché. L’Uruguay, quant à lui, est souvent perçu comme un pays stable en Amérique latine, avec un climat favorable et une fiscalité attractive. Le financement du projet repose en partie sur les cryptomonnaies, un secteur en pleine expansion mais controversé. Enfin, le projet s’inscrit dans une tendance plus large où les acteurs de la tech cherchent à repenser les modèles de gouvernance, notamment face aux bouleversements causés par l’IA, perçue comme une révolution technologique majeure.

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