Niger : où a disparu le journaliste Moussa Kaka, combattant de la liberté face à la junte ?
Voix respectée du journalisme au Sahel depuis près de quarante ans, le directeur du groupe de presse Saraounia et ancien correspondant de RFI Moussa Kaka reste introuvable depuis le 31 août. Alors que les soupçons pèsent sur la junte au pouvoir au Niger, le titre indépendant “Sahel Horizon” estime, en dénonçant un enlèvement, que son sort incertain fait écho à celui d’autres journalistes ouest-africains, dans une sous-région où la liberté de la presse s’amenuise dangereusement..
Moussa Kaka, journaliste nigérien et directeur du groupe de presse Radio-télévision Saraounia (RTS), a été enlevé le 31 août 2024 vers 19 heures à Niamey, alors qu’il rentrait chez lui en 4×4. Quatre semaines après cet enlèvement, aucune nouvelle de lui n’a été rendue publique. Les circonstances de son kidnapping, opéré de nuit entre son bureau et son domicile, suggèrent l’intervention de professionnels. Moussa Kaka était une figure connue du journalisme indépendant au Niger, ancien correspondant de RFI (Radio France Internationale), et l’un des journalistes les plus informés du pays. Son enlèvement survient dans un contexte de répression accrue contre la presse après le coup d’État militaire du 26 juillet 2023, qui a renversé le président Mohamed Bazoum.
Moussa Kaka était dans le viseur des autorités nigériennes depuis plusieurs mois. En novembre 2023, il avait été inculpé avec quatre autres journalistes pour avoir relayé sur les réseaux sociaux une invitation à une conférence de presse du Fonds de solidarité pour la sauvegarde de la patrie (FSSP), un groupe soutenant la junte militaire. À l’époque, il avait échappé de justesse à l’emprisonnement grâce à une liberté provisoire accordée par un juge d’instruction. Son engagement en faveur de la liberté de la presse et son indépendance avaient déjà provoqué des tensions avec le pouvoir sous l’ancien président Mamadou Tandja (1999-2010), qui l’avait emprisonné un an entre septembre 2007 et octobre 2008 pour des soupçons de liens avec un groupe rebelle touareg, le Mouvement des Nigériens pour la justice (MNJ).
Depuis le coup d’État de juillet 2023, la junte militaire dirigée par le général Abdourahamane Tiani a renforcé la répression contre les médias. En juin 2024, une loi sur la cybercriminalité a été promulguée pour restreindre drastiquement le métier de journaliste. Selon cette loi, rechercher, traiter, recouper ou diffuser une information d’intérêt général peut désormais être considéré comme un délit. L’article 31 de cette loi est particulièrement inquiétant : il prévoit une peine de prison de 2 à 5 ans et une amende de 3 000 à 7 600 € pour toute diffusion d’informations jugées susceptibles de « troubler l’ordre public » ou de « porter atteinte à la dignité humaine », même si ces informations sont avérées. Aucune circonstance atténuante ni sursis ne peuvent être appliqués dans ces cas.
Les soupçons concernant l’enlèvement de Moussa Kaka se portent sur la Direction générale de la documentation et de la sécurité extérieure (DGDSE), les services de renseignement nigériens. Cette hypothèse est étayée par le mutisme des autorités, malgré les nombreuses demandes d’information de la part de la presse et des organisations de défense des droits de l’homme. Le mode opératoire de l’enlèvement, professionnel et ciblé, correspond à des méthodes souvent utilisées par ces services pour faire taire les voix critiques. Cette affaire illustre la dégradation de la situation du journalisme indépendant au Niger, désormais sous contrôle strict de la junte militaire, qui muselle toute forme de contestation ou de liberté d’expression.
Le Niger traverse une crise politique majeure depuis le coup d’État du 26 juillet 2023, qui a renversé le président élu Mohamed Bazoum. Depuis cette date, le pays est dirigé par une junte militaire dirigée par le général Abdourahamane Tiani. Ce changement de régime a été suivi d’une répression accrue contre les médias, les opposants politiques et la société civile. La junte justifie ses actions par la lutte contre l’instabilité et la menace terroriste, mais les observateurs y voient une volonté de contrôler l’information et d’éliminer toute critique. Moussa Kaka, en tant que journaliste indépendant et résilient, incarne cette résistance face à l’autoritarisme grandissant au Niger.

