Le quantique sort du laboratoire : cette avancée historique signée C12 et Thales va révolutionner la technologie des radars
Fini les promesses lointaines. C12 et Thales appliquent le quantique à un problème concret.
Les radars traditionnels, utilisés dans les aéroports ou à des fins militaires, étaient conçus pour suivre un nombre limité d'avions aux trajectoires prévisibles. L'arrivée massive des drones a bouleversé cette donne. Ces appareils, souvent petits et très manœuvrants, saturent les systèmes radar classiques. Leur capacité à changer rapidement de direction rend leur suivi difficile, car les radars doivent analyser en temps réel des trajectoires en constante évolution. La contrainte principale réside dans la rapidité d'obtention des informations : si le calcul prend plusieurs minutes, les données deviennent inutiles pour une intervention immédiate. Cette limitation a poussé les acteurs du secteur à chercher des solutions innovantes pour améliorer l'efficacité des radars face à cette nouvelle menace.
Les supercalculateurs actuels, bien que puissants, sont limités par leur capacité à examiner toutes les combinaisons possibles de trajectoires. Lorsqu'un radar détecte des objets, ces données sont transformées en un graphe, un modèle mathématique représentant des réseaux et les relations entre les objets détectés. Dans ce graphe, les nœuds correspondent aux détections, et les liens entre eux aux trajectoires possibles. Cependant, dès que le nombre d'objets à suivre augmente ou que des fausses détections apparaissent, le graphe devient trop complexe pour être exploré efficacement par des machines classiques. Ce processus, appelé pistage multi-hypothèses, atteint alors ses limites en termes de temps réel. Les calculs deviennent trop lents pour suivre les drones en mouvement constant.
Le calcul quantique offre une solution à ce problème grâce à sa capacité à explorer rapidement un très grand ensemble de solutions. Contrairement aux ordinateurs classiques qui testent les chemins un par un, les ordinateurs quantiques peuvent observer simultanément un vaste paysage de possibilités pour identifier la meilleure solution. Cette propriété est particulièrement utile pour les radars, car elle permet de résoudre les calculs en un temps suffisamment court pour rester compatible avec le temps réel. La startup française C12, spécialisée dans l'informatique quantique, a développé une architecture de qubits (unités de base de l'information quantique) fortement connectés entre eux et dotés d'un mode mémoire. Cette conception permet de contrôler précisément l'activation des qubits, fonctionnant comme une machine à recuit quantique, optimisée pour trouver la meilleure solution parmi un nombre immense de possibilités.
C12 et Thales ont collaboré pour créer QuantumTrack, une solution quantique destinée à améliorer les performances des radars. Lors des tests, QuantumTrack a égalé le temps de résolution du meilleur solveur classique, tout en étant environ 100 fois plus rapide que les machines à recuit quantique concurrentes. Le temps d'exécution total, incluant le découpage du problème, est estimé à environ 50 millisecondes. Bien que ces résultats soient prometteurs, ils ont été obtenus sur Callisto, un émulateur de C12 reproduisant le comportement d'un processeur quantique de 20 qubits. Les performances réelles sur une puce quantique physique restent à confirmer. QuantumTrack a déjà été récompensé par le Quantum Effects Award 2026 dans la catégorie Quantum Computing Hardware.
QuantumTrack est le résultat d'une approche innovante appelée **co-design**, combinant l'expertise de Thales dans les domaines de l'aéronautique et de la défense avec le **hardware** unique au monde développé par C12. Cette collaboration a permis de créer une solution opérationnelle dès aujourd'hui. À l'avenir, cette technologie pourrait être déployée pour suivre des drones dans des contextes civils, comme la logistique ou les livraisons. C12 a également annoncé une feuille de route ambitieuse, prévoyant notamment l'intégration d'un processeur quantique dans un *data center* dès 2033. Les prochaines étapes incluent une démonstration sur une puce quantique réelle, avec un déploiement opérationnel envisagé d'ici environ cinq ans.

