Tesla revendique son « carnet de commandes le plus important en quatre ans », mais la production coince
Tesla n’hésite pas à dire que la production actuelle ne suffit plus à répondre à la demande des clients. Mais derrière l’euphorie, l’approvisionnement en batteries et autres composants clés rappelle le constructeur à l’ordre..
Tesla a annoncé avoir enregistré son carnet de commandes le plus important en quatre ans, avec une demande en forte hausse pour ses véhicules électriques. Selon Elon Musk, PDG de l’entreprise, et Vaibhav Taneja, directeur financier, cette demande dépasse largement la capacité de production actuelle. Le constructeur souligne que le marché européen a particulièrement contribué à cette croissance, tandis que les résultats en Chine et aux États-Unis sont moins marqués. Tesla vise désormais une production de 5 millions de véhicules par an d’ici 2030, un objectif ambitieux qui reflète l’optimisme de la direction. Cependant, cette hausse de la demande se heurte à des contraintes logistiques et industrielles, notamment sur la disponibilité des batteries.
Malgré une demande record, Tesla peine à augmenter sa production en raison de goulots d’étranglement dans sa chaîne d’approvisionnement, principalement liés aux cellules de batterie. Ces composants sont essentiels pour les véhicules électriques et leur disponibilité reste le facteur limitant la croissance des volumes produits. Lars Moravy, vice-président de l’ingénierie des véhicules, a confirmé que les usines fonctionnent à des cadences records, mais que leur capacité dépend directement du composant le plus fragile. Tesla évoque également une forte demande pour ses solutions de stockage stationnaire (batteries pour particuliers ou entreprises), ce qui accentue la pression sur les ressources disponibles.
Tesla attribue l’essentiel de sa demande croissante à son logiciel de conduite autonome, appelé Full Self-Driving (FSD). Selon Elon Musk, les clients ne demandent plus simplement un modèle spécifique comme la Model Y ou le Cybertruck, mais un véhicule équipé du FSD. Ce logiciel permet une conduite autonome avancée, bien que son déploiement soit encore limité dans certains pays. Au troisième trimestre 2026, plus de 75 % des clients nord-américains ont souscrit un abonnement payant pour le FSD lors de l’achat de leur véhicule, contre 55 % au trimestre précédent. Tesla compte désormais 1,7 million d’utilisateurs payants du FSD dans le monde, dont la moitié a opté pour un abonnement mensuel plutôt qu’un achat définitif.
L’engouement pour le FSD a permis à Tesla d’améliorer ses marges automobiles, qui ont atteint 18,1 % au troisième trimestre 2026, contre 16,3 % au trimestre précédent. Cette performance exclut les crédits réglementaires, des aides financières liées à la vente de véhicules électriques que Tesla perçoit dans certains pays. Elon Musk espère étendre ce modèle économique lucratif en Europe, où une homologation paneuropéenne du FSD pourrait intervenir d’ici le premier trimestre 2027. Cette homologation permettrait de commercialiser le FSD sur l’ensemble du continent, mais son calendrier reste incertain. Tesla mise sur cette technologie pour se différencier face à une concurrence croissante, notamment en Chine.
Malgré son optimisme affiché, Tesla fait face à plusieurs défis. Le constructeur minimise les facteurs externes qui soutiennent ses ventes en Europe, comme le contexte géopolitique ou le vieillissement de sa gamme de véhicules. Par ailleurs, la concurrence chinoise gagne des parts de marché sur les principaux marchés de Tesla, aux États-Unis et en Chine. En mettant en avant le FSD comme unique argument d’achat, Tesla risque de s’isoler dans une bulle marketing, déconnectée des attentes réelles des consommateurs, qui pourraient privilégier des véhicules électriques plus abordables et mieux finis. Cette stratégie pourrait, à terme, se retourner contre l’entreprise.

