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Géopolitique

Mark Carney et la nouvelle alliance transatlantique

Le Grand Continent · mis à jour il y a 3 j

Le discours intégral du premier ministre canadien devant le Parlement européen L’article Mark Carney et la nouvelle alliance transatlantique est apparu en premier sur Le Grand Continent..

Alliance transatlantique renforcée

Mark Carney, ancien gouverneur de la Banque du Canada et de la Banque d’Angleterre, propose lors d’un discours devant le Parlement européen une alliance renforcée entre le Canada et l’Union européenne (UE). Cette coopération vise à répondre aux défis géopolitiques actuels, comme l’érosion des normes démocratiques, les bouleversements climatiques ou l’utilisation du commerce comme arme. L’objectif n’est pas de créer un bloc rival, mais de construire une résilience collective face aux vulnérabilités économiques et technologiques. Carney souligne que cette alliance repose sur des valeurs communes : liberté, État de droit, dignité humaine et démocratie, ancrées dans l’histoire des deux continents. Il évoque notamment l’AECG (Accord économique et commercial global entre le Canada et l’UE), signé en 2016, et un partenariat stratégique conclu en juin 2026 pour approfondir cette relation.

Symbolique des chênes de Goethe

Mark Carney utilise la symbolique du chêne de Goethe, situé près de Weimar en Allemagne, pour illustrer la profondeur des liens entre l’Europe et le Canada. Ce chêne, planté en mémoire du poète Goethe, a survécu à l’horreur du camp de concentration de Buchenwald, rappelant que la liberté et les valeurs doivent être défendues chaque jour. Une référence historique lie les deux continents : en 1917, un soldat canadien, Leslie Miller, a rapporté des glands de la crête de Vimy (France) pour les planter au Canada. Un siècle plus tard, des greffons de ces chênes canadiens ont été replantés en France, symbolisant l’échange continu de valeurs et d’idées entre l’Europe et l’Amérique du Nord. Carney insiste sur cette affinité élective (Wahlverwandtschaft), c’est-à-dire une attraction choisie et renouvelée, comme fondement de leur partenariat.

Menaces sur la souveraineté

Les sociétés canadienne et européenne font face à des défis communs qui menacent leur souveraineté, définie comme la capacité à vivre selon ses propres choix. Carney cite plusieurs risques : l’utilisation du commerce comme arme (ex. : droits de douane comme moyen de pression), la dépendance aux plateformes technologiques étrangères (qui contrôlent les données et diffusent de la désinformation), et la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement. Il mentionne également l’affaiblissement des institutions multilatérales et l’érosion des normes démocratiques. Pour illustrer la nécessité de résilience, il compare ces défis à une tempête : un arbre isolé ne peut y résister, mais une forêt, dont les racines s’entrelacent, peut survivre. L’alliance transatlantique vise donc à créer un écosystème résilient où les deux partenaires mutualisent leurs forces.

Capacités stratégiques à renforcer

Carney identifie plusieurs domaines où le Canada et l’UE doivent renforcer leur coopération pour garantir leur autonomie stratégique. Parmi ces capacités figurent les minéraux critiques (34 gisements majeurs au Canada, dont 10 essentiels pour la transition énergétique), l’intelligence artificielle (IA), les semi-conducteurs, l’énergie (le Canada possède des ressources en gaz naturel liquéfié (GNL) et en hydrogène), l’espace, les systèmes de paiement et les technologies d’énergie propre. Par exemple, le Canada et l’UE pourraient développer ensemble des infrastructures portuaires dans l’Arctique canadien pour sécuriser l’approvisionnement énergétique européen. L’objectif n’est pas l’autosuffisance, mais la résilience collective, en combinant leurs atouts complémentaires : le Canada apporte des ressources naturelles et une expertise en technologies, tandis que l’UE offre un marché puissant, une recherche de pointe et des normes influentes.

Propositions concrètes d’alliance

Pour concrétiser cette alliance, Carney propose plusieurs mesures. D’abord, une coopération approfondie dans les domaines stratégiques cités précédemment, comme la création d’une société européenne des matières premières critiques incluant le Canada, qui possède les troisièmes réserves mondiales de minéraux critiques. Ensuite, il suggère un marché intégré des services financiers pour réduire la dépendance aux réseaux américains (comme Visa ou Mastercard) et améliorer l’accès au capital pour les entreprises. Il évoque aussi l’adhésion du Canada aux programmes Erasmus+ (échanges étudiants) et Horizon Europe (recherche), ainsi que le développement d’infrastructures technologiques souveraines (ex. : calcul haute performance, protocoles de sécurité pour l’IA). Enfin, il propose d’explorer une fusion des systèmes bancaires pour renforcer la stabilité financière, les banques canadiennes ayant résisté à la crise de 2008 sans aide publique.

Ce que ça pourrait changer

Mark Carney présente cette alliance Canada-UE comme un modèle pour les autres démocraties, fondé sur des principes plutôt que sur l’opposition à un rival. Elle ne vise pas à dominer, mais à renforcer la résilience face aux menaces extérieures (ex. : cyberattaques, coercition économique). Cette alliance serait suffisamment forte pour empêcher qu’un acteur extérieur dicte ses choix, mais suffisamment ouverte pour accueillir d’autres partenaires partageant les mêmes valeurs. Elle s’appuierait sur le droit international plutôt que de le remplacer, et mettrait en avant la liberté, la solidarité, la prospérité et la durabilité. Carney conclut en rappelant que le Canada s’est forgé une identité nationale lors de la bataille de la crête de Vimy en 1917, où des soldats canadiens ont sacrifié leur vie pour une cause commune, symbolisée par le replantage des chênes de Vimy un siècle plus tard.

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