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En 1959, le premier navire marchand à propulsion nucléaire prit la mer avant même que le monde ne soit prêt

Science & Vie · mis à jour il y a 4 j

Lancé dans le cadre du programme Atoms for Peace, le NS Savannah devait prouver que l'énergie nucléaire pouvait propulser des navires civils. Quatre pays ont essayé, aucun n'a réussi..

Navire pionnier en 1959

En 1959, le NS Savannah devient le premier navire marchand au monde équipé d’une propulsion nucléaire. Ce cargo mixte, à la fois transporteur de marchandises et de passagers, marque une avancée technologique majeure pour l’industrie maritime. Sa construction, lancée en 1958 aux États-Unis sous l’égide de l’Atomic Energy Commission (AEC), s’inscrit dans le contexte de la guerre froide, où les États-Unis cherchent à démontrer la puissance de leur technologie nucléaire civile. Le navire est nommé en hommage au Savannah, un bateau à vapeur historique américain du XIXe siècle. Avec une longueur de 181 mètres et un déplacement de 21 840 tonnes, il incarne l’ambition d’une énergie atomique au service du transport maritime, promettant des voyages plus longs sans ravitaillement en carburant.

Propulsion nucléaire expliquée

La propulsion nucléaire du NS Savannah repose sur un réacteur à eau pressurisée (REP), une technologie similaire à celle utilisée dans certaines centrales nucléaires. Dans ce système, des barres de combustible nucléaire (généralement de l’uranium enrichi) produisent de la chaleur en se désintégrant. Cette chaleur transforme de l’eau en vapeur sous haute pression, qui actionne ensuite des turbines reliées à l’hélice du navire. Contrairement aux moteurs diesel ou à vapeur classiques, ce système ne nécessite pas de stockage de carburant lourd à bord, ce qui libère de l’espace pour le fret. Cependant, il exige une infrastructure complexe pour gérer les déchets radioactifs et garantir la sécurité du réacteur. Le réacteur du Savannah avait une puissance de 74 MW, suffisante pour propulser le navire à une vitesse maximale de 21 nœuds (environ 39 km/h).

Un projet en avance sur son temps

Le NS Savannah est conçu pour démontrer la viabilité économique et technique de la propulsion nucléaire dans le transport maritime commercial. Pourtant, dès son lancement, le projet se heurte à des défis majeurs. D’abord, le coût de construction et d’exploitation s’avère bien plus élevé que prévu, rendant le navire peu compétitif face aux cargos traditionnels. Ensuite, les normes de sécurité strictes imposées par les autorités maritimes et nucléaires limitent ses zones de navigation et compliquent les escales. Enfin, la méfiance du public envers l’énergie nucléaire, exacerbée par des accidents comme celui de Three Mile Island en 1979, freine son adoption. En 1972, après seulement 10 ans de service, le navire est retiré du commerce et transformé en musée flottant.

Héritage et abandon du projet

Malgré son échec commercial, le NS Savannah laisse un héritage technologique et culturel. Il prouve que la propulsion nucléaire est techniquement réalisable pour des navires marchands, inspirant plus tard des projets comme les brise-glaces russes de la classe Arktika ou les sous-marins nucléaires. Cependant, son abandon illustre les limites de cette technologie dans le secteur civil : coûts prohibitifs, complexité réglementaire et perception négative du public. Aujourd’hui, aucun navire marchand à propulsion nucléaire n’est en service actif, bien que des discussions persistent sur son potentiel pour réduire les émissions de CO₂ dans le transport maritime, responsable d’environ 3 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Le NS Savannah reste ainsi un symbole des promesses et des désillusions de l’innovation technologique.

Ce que ça pourrait changer

Le projet du *NS Savannah* s’inscrit dans une période où les États-Unis et l’Union soviétique rivalisent pour dominer le domaine nucléaire civil. En 1954, le président américain Dwight D. Eisenhower lance le programme *Atoms for Peace* (« Atomes pour la paix »), visant à promouvoir l’usage pacifique de l’énergie atomique pour contrer l’image de la bombe nucléaire. Le *NS Savannah* est un outil de cette diplomatie technologique, conçu pour exporter l’expertise américaine et renforcer l’influence des États-Unis. Cependant, le contexte économique de l’époque, marqué par des coûts énergétiques bas et une industrie maritime en pleine expansion, rend le projet peu attractif. Les compagnies maritimes préfèrent les moteurs diesel, moins chers et plus flexibles, malgré leur impact environnemental.

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