Voici l’entreprise vietnamienne qui pollue votre fil Facebook
Les Décrypteurs et l'équipe d'enquêtes visuelles de CBC ont réussi à identifier HTV Network..
Une entreprise basée à Hanoï, au Vietnam, nommée HTV Network, est au cœur d’un réseau de pages Facebook diffusant des contenus trompeurs générés par intelligence artificielle (IA). Cette société, fondée en 2024, emploie au moins une centaine de personnes et fonctionne de manière quasi transparente, malgré son activité illégale. Elle se distingue par des locaux dans une tour de bureaux à Hanoï, une croissance rapide de ses effectifs et des avantages sociaux attractifs pour ses employés, comme un salaire pouvant atteindre 20 millions de dongs vietnamiens par mois (environ 1 000 dollars canadiens), soit le double du salaire moyen local. L’entreprise utilise des outils d’IA pour créer des fausses nouvelles ou des contenus sensationnalistes, souvent adaptés à des publics cibles comme les Canadiens ou les Britanniques, avec des thèmes variés allant du nationalisme économique à l’anti-migration.
Le modèle d’affaires de HTV Network repose sur la diffusion massive de contenus trompeurs ou inventés sur Facebook, conçus pour générer un maximum d’engagement (likes, partages, commentaires). Ces contenus, souvent exagérés ou totalement faux, visent à rediriger les utilisateurs vers des sites web saturés de publicités. Les revenus proviennent donc principalement des clics et des vues publicitaires. Par exemple, une fausse information affirmait qu’Elon Musk menaçait d’interdire la vente de véhicules Tesla au Canada si l’équipe de hockey des Oilers d’Edmonton refusait un partenariat. Un autre contenu prétendait qu’une ville américaine avait été attaquée, illustré par des images de fausses explosions nucléaires. Ces publications, bien que totalement infondées, attirent l’attention et augmentent les revenus publicitaires pour HTV Network.
Les contenus diffusés par HTV Network sont soigneusement adaptés en fonction des régions ciblées. Au Canada, les publications exploitent souvent des thèmes liés au nationalisme économique, comme des articles sur les tarifs douaniers ou des attaques contre des personnalités politiques comme Donald Trump. Au Royaume-Uni, les contenus sont davantage axés sur des sujets identitaires, comme des messages anti-migration ou anti-musulmans. Cette stratégie permet de maximiser l’engagement des utilisateurs locaux et d’augmenter les revenus publicitaires. Selon Mathieu Lavigne, analyste principal à l’Observatoire de l’écosystème médiatique (OEM) des universités McGill et de Toronto, cette adaptation régionale est un élément clé de l’efficacité du réseau.
L’enquête menée par les Décrypteurs de CBC et l’OEM a révélé que HTV Network est liée à un réseau coordonné de plus de 300 pages Facebook, cumulant plus de 55 millions d’abonnés. Ces pages diffusent des contenus trompeurs générés par IA et sont gérées depuis le Vietnam. Une partie de ces pages a été identifiée dans un rapport publié en juin 2026 par l’OEM, qui souligne l’ampleur de cette opération. Les chercheurs ont également découvert que certains sites web affiliés à ce réseau utilisaient une adresse courriel liée à HTV Network, confirmant ainsi le lien entre ces entités. Cette découverte met en lumière l’ampleur de l’économie des fausses nouvelles, rendue possible par l’IA et les plateformes comme Facebook.
L’enquête révèle que le géant des réseaux sociaux Meta (maison mère de Facebook) a assoupli ses politiques de modération en 2024, réduisant drastiquement les effectifs de son équipe de modération. Cette décision a été prise sous prétexte de favoriser la liberté d’expression, mais elle a également ouvert la porte à une prolifération de contenus trompeurs et de fausses nouvelles. Selon Craig Silverman, journaliste et cofondateur du média indépendant Indicator, cette situation rappelle les débuts des fausses nouvelles en 2014-2016, avant l’essor de l’IA. À l’époque, ces contenus étaient rédigés manuellement, mais aujourd’hui, ils sont générés automatiquement, ce qui rend leur détection encore plus difficile. Silverman souligne que Meta ne semble pas prioriser la lutte contre ce phénomène depuis 2024.
À la suite de l’enquête, *HTV Network* a réagi en rendant inaccessibles certains de ses sites et en bloquant l’accès aux profils Facebook de ses employés et de son PDG, Ngo Anh Tan. Ce dernier a nié tout lien avec l’entreprise, affirmant que ses informations personnelles auraient pu être volées. Les pages Facebook liées au réseau ont également été modifiées pour ajouter une mention indiquant que les histoires étaient fictives et destinées au divertissement. Malgré ces mesures, l’enquête a révélé l’ampleur de cette économie des fausses nouvelles, qui repose sur des revenus publicitaires et des outils technologiques comme l’IA. Les experts soulignent que cette situation illustre la rentabilité de ce type d’opérations et la difficulté de les contrôler dans un environnement numérique en constante évolution.

