À Québec, la misère humaine est piétinée et rongée par les rats
Une vidéo montrant une dizaine de rats grouillant autour d’un sans-abri dévoile le côté plus sombre de la capitale..
Une vidéo filmée le 8 octobre 2024 à Québec montre une dizaine de rats circulant autour d’une personne sans-abri endormie devant l’église Saint-Roch. La scène, diffusée par la citoyenne Stéphanie Langlois, révèle des rats grimpant sur la personne, fouillant dans ses affaires et ses vêtements. Cette vidéo illustre une réalité de plus en plus visible dans ce quartier depuis la pandémie. Selon les témoignages recueillis, la situation serait encore plus grave que ce que montre l’image, avec parfois jusqu’à 50 rats se rassemblant près des frigidaires (réfrigérateurs communautaires) où sont distribués des repas. Le contraste est saisissant entre cette misère visible et l’image touristique de la Haute-Ville de Québec, située à seulement 11 minutes de marche de Saint-Roch.
La vidéo met en lumière la crise de l’itinérance à Québec, un phénomène qui s’aggrave depuis plusieurs années. Le maire Bruno Marchand qualifie la situation de « cicatrices » sur le visage de la ville et souligne que dormir dans ces conditions est « totalement inhumain » en 2026. Depuis le début de la pandémie, le nombre de personnes sans-abri a augmenté dans le quartier Saint-Roch. La Ville de Québec a reçu une dizaine de signalements liés aux rats dans ce secteur au cours des 10 dernières semaines. Chaque signalement a entraîné des opérations de dératisation ponctuelles, mais sans solution durable. Le maire appelle le gouvernement provincial à intervenir d’urgence pour « renverser cette tendance » et améliorer les conditions de vie des personnes itinérantes.
La présence de rats près de l’église Saint-Roch n’est pas récente, mais leur nombre et leur audace ont fortement augmenté. Marie-Hélène Michaud, responsable de l’organisme Marginal qui distribue des repas deux soirs par semaine, explique que les rats sont désormais plus nombreux et moins craintifs. Elle rapporte que des rats circulent même dans les files d’attente pour les repas, et qu’il a fallu prodiguer des soins à une personne mordue par un rat la semaine précédente. Les rats contaminent les affaires des sans-abri en urinant sur leurs effets personnels, comme les sacs de couchage, les sacs à dos ou les médicaments. Marginal dessert également des personnes âgées à faibles revenus et des familles en situation de précarité, montrant que l’impact de cette crise dépasse le seul public des sans-abri.
La situation a provoqué une prise de conscience tardive de la gravité de la crise. Josiane Mondou, intervenante sociale à l’organisme Droit de Cité, déplore que ce soit seulement après que des rats aient mordu des personnes ou grimpé sur elles que l’indignation se manifeste. Elle souligne que les personnes sans-abri n’ont « pas d’espace pour exister » et que les tensions s’accroissent, tant entre les personnes itinérantes qu’avec les citoyens logés. Le tissu social du quartier s’effrite, affectant la cohésion sociale. Marie-Hélène Michaud insiste sur le fait que l’itinérance est un « problème de la collectivité » et que des solutions globales, comme l’ouverture de logements abordables, sont nécessaires pour éviter que les personnes en thérapie ne retournent à la rue faute de solutions de relogement.
Face à l’urgence de la situation, des acteurs locaux et provinciaux demandent des mesures immédiates. Deux porte-parole solidaires, Ruba Ghazal et un autre non nommé, ont appelé le nouveau gouvernement du Québec à « *débloquer immédiatement les fonds nécessaires* » pour faire face à la crise de l’itinérance, sans attendre les prochaines mises à jour budgétaires. Ils soulignent que cette crise est une question de « *dignité humaine, de santé et de sécurité publique* ». Le député libéral Jean-Yves Duclos, dont le bureau se trouve près de l’église Saint-Roch, n’a pas répondu à la demande d’entrevue du *Devoir*. Le maire Bruno Marchand insiste sur la nécessité d’une action « *toutes voiles dehors* » pour inverser la tendance et améliorer les conditions de vie des personnes sans-abri.

