Londres: cet avocat risque des poursuites judiciaires pour avoir nettoyé une rivière polluée
Paul Powlesland a organisé en mars une importante opération de nettoyage de l'Alders Brook, sans avoir les autorisations nécessaires. Les autorités l'accusent d'avoir endommagé des habitats naturels..
À l'est de Londres, l'Alders Brook est un affluent de la rivière Roding, un cours d'eau pollué situé dans la région métropolitaine de la capitale britannique. En mars 2026, une opération de nettoyage d'envergure y a été menée par Paul Powlesland, un avocat et militant écologiste, ainsi que par une quarantaine de bénévoles. Leur objectif était de retirer les déchets accumulés sur environ 250 mètres de rivière. Plus de 200 sacs de déchets, dont des mauvaises herbes, des branches et du limon, ont été collectés. Cette action s'inscrit dans un contexte de pollution chronique de la Roding, alimentée notamment par le déversement de 750 000 litres d'eaux usées brutes chaque année par le Cran Brook, un autre affluent.
L'Agence britannique pour l'environnement (Environment Agency) a réagi vivement à cette initiative en adressant une lettre d'avertissement à l'association River Roding Trust, fondée par Paul Powlesland. Selon l'agence, les travaux menés en mars ont endommagé des habitats naturels et favorisé la propagation de la renouée du Japon, une plante envahissante, en raison du non-respect des protocoles de biosécurité. L'agence souligne également que l'opération n'avait pas été autorisée par le gouvernement. Un permis est en effet obligatoire au Royaume-Uni pour toute intervention sur le lit d'une rivière, afin de garantir que les travaux ne nuisent pas à l'écosystème. L'Agence pour l'environnement a finalement renoncé à engager des poursuites, estimant que l'association agissait de bonne foi.
Paul Powlesland, qui a tenté à plusieurs reprises de solliciter l'intervention de l'Agence pour l'environnement sans succès, dénonce l'absence d'action contre Thames Water, l'entreprise chargée de la gestion de l'eau dans l'agglomération londonienne. Selon lui, cette entreprise est responsable du déversement de milliards de litres d'eaux usées dans la Roding, ainsi que de la pollution par des milliers de tonnes de déchets sur les rives. L'avocat considère que l'agence se trompe de cible en poursuivant une association qui a agi pour restaurer la rivière, alors que les véritables pollueurs ne sont pas inquiétés. Il reste indigné par cette situation, qu'il qualifie de paradoxe.
Pour River Roding Trust, l'opération de nettoyage a permis de redonner un écoulement naturel à la rivière en retirant les boues et matériaux qui faisaient barrage. L'association plaide pour des mesures drastiques contre la pollution des rivières, soulignant que des travaux d'assainissement bien plus importants sont nécessaires pour restaurer la Roding et ses affluents. Paul Powlesland, bien que soulagé d'éviter des poursuites, affirme que cette affaire est loin d'être terminée. Il a déclaré publiquement qu'il n'hésiterait pas à recommencer une telle opération, même au risque de se retrouver en prison. Son engagement reflète une détermination sans compromis pour la protection de l'environnement.
L'Agence pour l'environnement a indiqué vouloir soutenir les associations locales œuvrant pour les rivières et partager leur objectif de protection des écosystèmes fluviaux. Elle a invité River Roding Trust à discuter des prochaines étapes et à obtenir les autorisations nécessaires pour d'éventuelles futures opérations. Cependant, Paul Powlesland reste sceptique quant à un apaisement des tensions. Il estime que l'agence ne peut pas empêcher son combat, même si elle tentait de le poursuivre judiciairement. Les prochains mois permettront de savoir si l'association poursuivra ses actions, avec ou sans autorisation, dans un contexte où la restauration des rivières britanniques reste un enjeu majeur.

