Un enfant atikamekw retrouvera les siens 72 ans après son décès
Maxime Ottawa avait 6 mois lorsqu'il a été transporté sans ses parents à l'hôpital en 1954. Il y est mort..
Manon Ottawa, une femme de la communauté atikamekw de Manawan, a mené une recherche pendant 12 ans pour retrouver les restes de son oncle, Maxime, décédé à l’âge de 6 mois en 1954. Son père, alors enfant, lui avait demandé de retrouver la trace de ce petit frère disparu. Manon Ottawa a sollicité l’aide d’une organisation nommée Awacak (qui signifie petits êtres de lumière en langue atikamekw), spécialisée dans l’accompagnement des familles autochtones pour retrouver des proches disparus dans des établissements de santé au Québec. Cette quête a abouti à la confirmation, grâce à des tests d’ADN, que les restes d’un enfant inhumé à Québec appartenaient bien à Maxime. La recherche a débuté par une simple promesse faite à son père, mais s’est transformée en un parcours complexe, marqué par des obstacles administratifs et émotionnels.
Maxime, un nourrisson atikamekw, a été transporté seul en hydravion depuis Manawan vers l’hôpital de La Tuque en août 1954, en raison d’une infection cutanée. Il a ensuite été transféré à Québec, où il est décédé 43 jours plus tard, le 5 octobre 1954. Ses parents n’ont appris son décès que deux ans après, ce qui a ajouté une souffrance supplémentaire à leur chagrin. Après son autopsie, réalisée sans le consentement de la famille, Maxime a été enterré dans un lot commun avec quatre autres personnes. Cette pratique, courante à l’époque, consistait à regrouper les restes de plusieurs défunts dans une même sépulture, souvent sans distinction. Les documents historiques montrent que la moitié des personnes inhumées dans ce lot et les lots adjacents étaient des enfants atikamekw ou innus, révélant une réalité tragique pour les communautés autochtones.
En 2024, la Cour supérieure du Québec a autorisé l’exhumation des restes de Maxime, une première pour des restes inhumés dans un lot commun. Cette décision a été prise dans le cadre d’une démarche de réconciliation avec les peuples autochtones, notamment à l’occasion de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation (30 septembre). L’exhumation a eu lieu du 14 au 19 octobre 2025, et les résultats des tests d’ADN ont été obtenus le 30 septembre 2025, confirmant l’identité de Maxime. Cette procédure a permis de rendre justice à la famille et de donner une sépulture digne à l’enfant. La réconciliation, selon Manon Ottawa, ne se limite pas aux discours : elle passe par la recherche de la vérité, la reconnaissance des souffrances passées et le respect de la dignité des familles autochtones.
Maxime retournera enfin dans sa communauté de Manawan, où une cérémonie est prévue à partir du 26 octobre 2025. Pendant trois jours et deux nuits, la famille veillera sur les restes avant de les inhumer à nouveau. Manon Ottawa a symboliquement préparé un porte-bébé et une paire de petits mocassins pour accompagner Maxime dans son dernier voyage. Ces objets, traditionnels dans la culture atikamekw, représentent l’espoir et le respect pour les ancêtres. La cérémonie marquera la fin d’un long cheminement pour la famille Ottawa, mais aussi le début d’une nouvelle étape pour d’autres familles autochtones en quête de leurs proches disparus.
L’histoire de Maxime a inspiré d’autres familles autochtones à poursuivre leurs propres recherches. Plusieurs d’entre elles ont contacté Manon Ottawa ou *Awacak* pour obtenir de l’aide, notamment une famille dont l’oncle n’a jamais été retrouvé. Sur le plan juridique, l’autorisation d’exhumer les restes de Maxime ouvre la voie à d’autres demandes similaires. *Awacak* accompagne actuellement environ 250 familles dans la recherche de 250 enfants autochtones disparus dans des établissements de santé au Québec. Parmi ces cas, cinq familles ont déjà demandé à *Awacak* de les aider à en savoir plus sur le sort de leur proche, et trois envisagent une exhumation. Cette initiative illustre l’importance de la vérité et de la justice pour les communautés autochtones.

