Au Maroc, à l’approche des élections législatives
Le 23 septembre, des élections législatives auront lieu au Maroc et, à deux semaines du vote, les enjeux sociaux sont au cœur de la campagne. Si la coalition sortante défend son bilan, l’opposition s’appuie sur les différentes crises sociales pour pointer du doigt l’injustice sociale..
Le Maroc organise des élections législatives le 23 septembre 2026 pour renouveler les 395 sièges de la Chambre des représentants. Ces élections sont cruciales car elles détermineront indirectement le futur chef du gouvernement. Lors du scrutin précédent, en septembre 2021, la coalition sortante menée par Aziz Akhannouch, composée du Rassemblement national des indépendants (RNI), du Parti authenticité et modernité (PAM) et de l’Istiqlal, avait remporté la majorité. Le RNI et le PAM, autrefois alliés, sont désormais en compétition pour obtenir la première place et influencer la formation du gouvernement. Selon le politologue marocain Mustapha Sehimi, le parti arrivant en tête devra négocier pour constituer une nouvelle majorité en respectant la Constitution marocaine.
Les enjeux sociaux dominent la campagne électorale, notamment après deux événements marquants. D’abord, en août 2026, des milliers de jeunes Marocains ont tenté de rejoindre l’enclave espagnole de Ceuta, illustrant leur désespoir face au chômage et aux difficultés économiques. Les partis politiques, plutôt que de proposer des solutions sociales, ont mis en avant un discours nationaliste réclamant la récupération de Ceuta et Melilla, deux territoires espagnols en Afrique du Nord. Ensuite, le séisme dévastateur du 8 septembre 2023 dans la région d’Al-Haouz, qui a causé plus de 2 900 morts et 5 500 blessés, a laissé des traces. Trois ans après la catastrophe, plus de 3 000 familles n’ont toujours pas reçu d’indemnisation, selon la Coordination nationale des victimes du séisme. Un septuagénaire interrogé par Deutsche Welle dénonce des lourdeurs administratives et l’exclusion des aides promises.
Le Parti de la justice et du développement (PJD), à orientation islamiste, mise sur la création d’emplois pour les jeunes, une priorité dans son programme. Il propose également de lutter contre les monopoles en augmentant les impôts pour les grandes entreprises et critique l’incapacité de la majorité sortante à réduire le chômage, qui touche 1,6 million de personnes en 2025. Parmi les jeunes de 15 à 24 ans, le taux de chômage atteint 37 %. De son côté, la coalition au pouvoir, bien que divisée entre le RNI et le PAM, défend son bilan malgré les inégalités persistantes. Le PAM et le RNI partagent des origines politiques similaires et pourraient être contraints de s’allier après les élections pour former un gouvernement, comme le prévoit la Constitution marocaine.
Le Maroc fait face à des défis économiques majeurs, avec un chômage élevé, notamment chez les jeunes, et des disparités sociales persistantes. En 2025, le pays comptait 1,6 million de chômeurs, et 37 % des jeunes actifs âgés de 15 à 24 ans étaient sans emploi. La croissance économique affichée ne s’est pas traduite par une création suffisante d’emplois, ce que critique le PJD. Les crises sociales, comme l’exode vers Ceuta ou les conséquences du séisme d’Al-Haouz, ont exacerbé le mécontentement de la population. Les partis politiques, en réponse, intègrent ces enjeux dans leurs programmes, mais les solutions proposées varient considérablement, entre promesses sociales et discours nationaliste.

