Le Québec est-il un «pays communiste»?
Selon le professeur Stéphane Paquin de l’ENAP, «le Québec est un des pays où la social-démocratie fonctionne vraiment»..
L’article compare le Québec à la France en utilisant la formule ironique de pays communiste, popularisée par l’écrivain français Franz-Olivier Giesbert (surnommé FOG). Ce dernier soutient que la France, avec des dépenses publiques représentant 57,1 % de son produit intérieur brut (PIB) et 32 % pour les dépenses sociales (santé, retraites, etc.), fonctionne comme un pays communiste, malgré son système politique différent. Le Québec, avec des dépenses publiques totalisant 50,8 % de son PIB (en additionnant les dépenses fédérales et provinciales), se rapproche de ce modèle. Ces chiffres placent le Québec parmi les économies les plus interventionnistes de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), derrière des pays comme la Finlande (57,7 %) ou la France, mais devant la moyenne canadienne (44,3 %).
Les dépenses sociales du Québec, comme celles de la France, sont particulièrement élevées. Elles incluent des services publics comme la santé, les retraites, l’éducation et les allocations familiales. Par exemple, les dépenses publiques québécoises dépassent celles de la Suède (50,5 %) ou du Danemark (47,3 %). Ces investissements visent à réduire les inégalités : au Québec, la redistribution de la richesse par l’État augmente de 55 % le niveau de vie du cinquième des ménages les plus pauvres, tandis qu’elle diminue de 22 % celui des 20 % les plus riches. Le Québec se distingue aussi par un indice de Gini (mesure des inégalités de revenus) plus favorable que celui de la Suède, de la Norvège ou de la Finlande, ce qui signifie qu’il est plus égalitaire que ces pays scandinaves.
Malgré des dépenses publiques élevées, le Québec obtient des résultats remarquables dans plusieurs domaines. Les élèves québécois se classent parmi les meilleurs au monde selon les tests PISA de l’OCDE, devant la France. Le Québec affiche aussi des taux d’insécurité alimentaire plus bas que les autres provinces canadiennes, ainsi qu’un taux de crimes haineux et d’homicides inférieur à la moyenne canadienne et américaine. Les congés parentaux et les centres de la petite enfance (CPE) jouent un rôle clé : ils facilitent l’accès des mères au marché du travail et augmentent les recettes fiscales. Enfin, les Québécois se déclarent globalement heureux, se classant 6e au monde dans un sondage international sur le bonheur.
Les dépenses publiques varient considérablement entre les provinces canadiennes. Avec 50,8 % de son PIB consacré aux dépenses publiques, le Québec est dépassé par quatre provinces : la Nouvelle-Écosse (63,3 %), l’Île-du-Prince-Édouard (60,7 %), le Nouveau-Brunswick (60,7 %) et le Manitoba (53,9 %). À l’inverse, l’Alberta consacre seulement 30,5 % de son PIB aux dépenses publiques, soit 20 points de pourcentage de moins que le Québec. Ces écarts illustrent des différences majeures dans le rôle de l’État au sein de la fédération canadienne. Stéphane Paquin, professeur à l’École nationale d’administration publique (ENAP), souligne que ces variations reflètent des choix politiques distincts, notamment en matière de services publics et de redistribution.
Stéphane Paquin, spécialiste des politiques publiques, critique le manque de transparence et de données fiables au Québec. Par exemple, il souligne que le nombre de fonctionnaires dans le réseau de la santé ou de l’éducation n’est pas toujours connu avec précision. Il propose d’adopter des mécanismes d’évaluation indépendants, comme en Suède, pour améliorer l’efficacité des dépenses publiques. Paquin suggère également que les ministères devraient s’appuyer davantage sur des données probantes pour prendre des décisions. Il rejette l’idée de réduire systématiquement les dépenses publiques, car cela pourrait nuire à la qualité des services, mais il plaide pour une gestion plus rigoureuse et transparente.
L’article s’inscrit dans un contexte électoral au Québec, où les partis politiques multiplient les promesses concernant le rôle de l’État. Certains partis proposent de réduire les dépenses publiques, une idée que Paquin juge prématurée et peu précise. L’analogie avec la France, souvent perçue comme un pays à forte intervention étatique, sert de toile de fond pour discuter du modèle québécois. Le professeur rappelle une citation attribuée à Mikhaïl Gorbatchev, dernier dirigeant de l’URSS, selon laquelle *la France est le seul pays où le communisme a réussi*, soulignant ainsi l’efficacité relative de l’État-providence français malgré ses critiques.

