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«Saturnides»: quand la ville ne dort plus

Le Devoir · mis à jour il y a 14 j

Le réalisateur Neegan Sioui Trudel et le scénariste Jocelyn Martel-Thibault font de l’insomnie le pire des cauchemars..

Présentation de Saturnides

La série Saturnides est une production québécoise de science-fiction horrifique réalisée par Neegan Sioui Trudel, avec un budget limité. Elle a été sélectionnée au festival Séries au printemps Mania en 2026 dans la catégorie Formats courts, face à une autre série nommée Ayer’s Cliff. L’intrigue se déroule à Montréal, où des nuages lumineux apparaissent soudainement dans le ciel. Ces phénomènes empêchent les habitants de dormir, plongeant la ville dans un état de veille permanente et d’épuisement. Les personnages principaux, Camille (interprétée par Rosalie Bonenfant) et Philippe (joué par Rüdi Loup), commencent à douter de leur santé mentale, victimes d’hallucinations et de paranoïa. La série explore ainsi les conséquences psychologiques d’une privation de sommeil prolongée, présentée comme une forme de torture par les créateurs.

Origine du scénario

Le scénario de Saturnides s’inspire de phénomènes réels et de préoccupations contemporaines. Les scénaristes, Jocelyn Martel-Thibault et Neegan Sioui Trudel, ont puisé leur inspiration dans des sujets comme l’insomnie fatale familiale (une maladie rare où les patients sont incapables de dormir, entraînant leur mort) et les changements climatiques. Ils imaginent qu’une bactérie inconnue, libérée par le réchauffement du sol et le dégel du pergélisol (sol gelé en permanence dans les régions polaires), perturbe le système nerveux humain et empêche le sommeil. La pandémie de COVID-19 a également influencé l’écriture, reflétant l’idée que d’autres crises sanitaires pourraient survenir à l’avenir. Le récit intègre aussi une dimension autochtone, soulignant que les peuples autochtones sont souvent les premiers touchés par les conséquences des changements climatiques, mais rarement écoutés.

Inspirations cinématographiques

Pour créer l’atmosphère de Saturnides, les créateurs se sont inspirés de plusieurs œuvres cinématographiques. Neegan Sioui Trudel cite The Shining (1980) de Stanley Kubrick, dont il reprend des éléments comme la paranoïa et un mouvement de caméra spécifique appelé zoom. Ce dernier est un effet visuel où la caméra semble s’approcher ou s’éloigner d’un sujet, créant une sensation de malaise. Jocelyn Martel-Thibault, quant à lui, s’est inspiré du film Hereditary (2018) d’Ari Aster, qui utilise l’horreur psychologique et une tension progressive pour déstabiliser le spectateur. Les deux scénaristes ont également intégré une dimension cosmique, évoquant l’immensité et la menace de l’univers, reflétant des angoisses modernes comme les changements climatiques ou l’intelligence artificielle.

Symbolique des saturnides

Le titre Saturnides fait référence à une famille de papillons de nuit, les Saturniidae. Dans la série, ces insectes servent de métaphore aux êtres humains, attirés par la lumière malgré les dangers qu’elle représente. Les créateurs expliquent que, tout comme les papillons de nuit qui meurent d’épuisement ou se font dévorer après avoir été attirés par une source lumineuse, les humains risquent de s’épuiser ou de succomber à des menaces invisibles, comme les écrans de smartphones ou les phénomènes climatiques. Cette métaphore souligne l’idée que la fascination pour la lumière, qu’elle soit technologique ou naturelle, peut avoir des conséquences fatales. La série invite ainsi à une réflexion sur les dangers de l’éblouissement et de l’épuisement dans un monde en crise.

Ce que ça pourrait changer

Au-delà de son aspect horrifique, *Saturnides* porte un message écologique et social. Les scénaristes ont intégré une dimension autochtone pour mettre en lumière le rôle souvent ignoré des peuples autochtones dans la lutte contre les changements climatiques. Neegan Sioui Trudel explique que ces communautés tirent la sonnette d’alarme depuis longtemps, mais que leurs voix sont rarement entendues dans les centres urbains. La série utilise ainsi la fiction pour alerter sur l’urgence d’agir face aux crises environnementales et sociales, tout en critiquant l’indifférence des sociétés modernes. Le récit souligne également que les catastrophes, qu’elles soient naturelles ou sanitaires, ne se ressemblent jamais et nécessitent une préparation adaptée.

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