Être parent en France, est-ce vraiment une chance ? Ce qu’en dit la presse étrangère
Chaque semaine, “Courrier international” explique ses choix éditoriaux. Dans l’hebdomadaire en kiosque le 10 septembre, nous consacrons notre dossier à la parentalité.
Le modèle de parentalité français, souvent idéalisé à l'étranger, est perçu comme une réussite car il permettrait d'élever des enfants tout en conciliant vie professionnelle et personnelle. Selon The New York Times Magazine, les Français seraient même parvenus à résoudre une équation complexe : avoir des enfants sans renoncer à leur carrière ou à leur qualité de vie. Cette image idyllique, où les parents discuteraient paisiblement autour d'un verre de vin tandis que leurs enfants, bien habillés, jouent sereinement, a longtemps marqué l'imaginaire collectif, notamment aux États-Unis. Cependant, cette vision romantisée ne reflète pas toujours la réalité vécue par les familles en France.
Un débat oppose deux approches éducatives en France, qui divise aussi la presse étrangère. D'un côté, des experts comme Isabelle Filliozat prônent une éducation bienveillante, inspirée des méthodes américaines, centrée sur l'écoute et la compréhension des émotions de l'enfant. De l'autre, des figures comme Caroline Goldman défendent une éducation plus stricte, avec des limites claires et non négociables. Ce débat, largement médiatisé, interroge la place des parents dans l'éducation de leurs enfants. Il reflète aussi une remise en question plus large du système éducatif français, perçu comme trop rigide ou, au contraire, trop laxiste selon les points de vue.
La presse étrangère, notamment allemande, souligne un aspect unique du système français : l'État joue un rôle central dans l'éducation des enfants, depuis la crèche jusqu'à l'école. Selon Annika Joeres, journaliste pour Die Zeit, le contrat implicite est le suivant : l'État prend en charge la garde et la socialisation des enfants, tandis que les parents, grands-parents et autres membres de la famille se tiennent à l'écart de leur vie quotidienne à l'école ou en crèche. Ce modèle, longtemps admiré pour son efficacité, est aujourd'hui critiqué car il priverait les parents de leur rôle éducatif actif. Les crèches et écoles françaises sont souvent décrites comme des lieux fermés, où les parents n'ont pas leur mot à dire, contrairement à d'autres pays comme l'Allemagne.
Les rythmes scolaires français sont pointés du doigt par la presse étrangère comme une source de stress pour les enfants et leurs parents. Le système est perçu comme trop exigeant, avec une forte pression académique, des classements fréquents et peu de place pour des méthodes plus ludiques ou créatives. Les activités comme les travaux manuels, le sport ou les expériences collectives sont souvent reléguées au second plan. Cette rigidité se reflète dans les résultats du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA), publiés le 8 septembre 2026. Les élèves français montrent un déclin marqué, notamment en mathématiques, confirmant une tendance observée depuis 20 ans. En 2023, les enquêtes PISA révélaient déjà une baisse continue des performances dans trois domaines clés : mathématiques, lecture et sciences.
La presse étrangère interroge la place des enfants dans la société française, souvent perçue comme trop exigeante. Gina Louisa Metzler, dans Stern, explique que les enfants sont fréquemment soumis à des règles strictes sans en comprendre le sens, comme rester silencieux au restaurant ou dans les transports. Le problème ne résiderait pas dans les limites elles-mêmes, mais dans leur transmission. Une psychologue citée par le magazine souligne que cette approche peut générer de la frustration chez les enfants, qui se sentent contraints de se comporter comme des adultes dans des environnements inadaptés à leurs besoins. Ce constat soulève des questions sur l'équilibre entre éducation et bien-être dans la société française.
La presse étrangère compare régulièrement le modèle français à ceux d'autres pays européens, comme la Suède ou l'Allemagne. En Suède, par exemple, l'accouchement est souvent présenté comme plus humain et moins médicalisé qu'en France, ce qui attire l'attention des futures mères. En Allemagne, le système éducatif est décrit comme plus ouvert, avec une implication plus forte des parents dans la vie scolaire de leurs enfants. Ces comparaisons mettent en lumière les forces et les faiblesses du modèle français, qui oscille entre une protection sociale enviable et des contraintes perçues comme excessives.
Les crèches françaises sont souvent citées comme un exemple de système de garde d'enfants, mais leur fonctionnement suscite aussi des critiques. Le *Programme international pour le suivi des acquis des élèves* (PISA) et des études comme celle de *The New York Times Magazine* soulignent que ces structures, bien que nombreuses, ne répondent pas toujours aux attentes des parents en matière de flexibilité ou de participation. Le modèle français de garde d'enfants, basé sur une prise en charge collective par l'État, est parfois perçu comme rigide, notamment pour les familles souhaitant une approche plus personnalisée ou impliquant davantage les parents.

