Le prix Sakharov décerné à la CPI, sous le coup de sanctions américaines
«Ce prix salue l’important travail accompli par la cour pour faire respecter le droit et la justice»..
Le prix Sakharov pour la liberté de pensée a été attribué à la Cour pénale internationale (CPI) par le Parlement européen le 22 octobre 2026. Ce prix, créé en 1988 en hommage au dissident soviétique Andreï Sakharov, récompense chaque année des personnalités ou des organisations pour leur engagement en faveur des droits humains. La présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, a salué le travail de la CPI en matière de justice internationale, soulignant que l’Union européenne soutient le multilatéralisme et les institutions internationales. La CPI, basée à La Haye aux Pays-Bas, compte 125 États membres et juge les individus accusés des crimes les plus graves, comme les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité ou le génocide. Le prix est doté de 50 000 euros et sera officiellement remis lors d’une cérémonie prévue le 16 décembre 2026 à Strasbourg.
La CPI est actuellement confrontée à des défis majeurs en raison de sanctions américaines imposées depuis le 9 octobre 2026. Ces mesures visent à paralyser son fonctionnement quotidien, quelques heures après l’attribution du prix Nobel de la paix à l’une de ses anciennes juges, Navi Pillay. L’administration de Donald Trump, qui s’oppose farouchement à la CPI, a qualifié cette cour de « tribunal voyou » et a promis de la démanteler « brique par brique ». La colère américaine s’explique par l’émission d’un mandat d’arrêt contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, un allié proche des États-Unis, pour des crimes présumés commis à Gaza. Washington mène également une campagne diplomatique pour inciter les pays à se retirer de la CPI.
Outre la CPI, trois autres finalistes étaient en lice pour le prix Sakharov 2026. Le premier était Tundu Lissu, un opposant politique tanzanien, tandis que les deux autres étaient les sœurs iraniennes Taraneh et Romina Rahimi. Ces dernières ont été emprisonnées en Iran pour avoir participé à des manifestations antigouvernementales à Ispahan en janvier 2026. L’une d’elles, Taraneh Rahimi, a même été condamnée à la peine de mort. Les trois finalistes ont été départagés par les chefs des groupes politiques au Parlement européen, où les eurodéputés d’extrême droite, les Patriotes, ont refusé de soutenir Tundu Lissu, permettant ainsi à la CPI de l’emporter.
La décision d’attribuer le prix Sakharov à la CPI a suscité des réactions contrastées au Parlement européen. La gauche et le centre ont soutenu cette candidature, tandis que l’extrême droite et une partie de la droite préféraient récompenser Tundu Lissu. Iratxe Garcia Perez, cheffe des sociaux-démocrates, a salué une « victoire pour la justice internationale et une défaite pour les autocrates ». Chloé Ridel, du groupe Socialistes et Démocrates, a qualifié ce choix d’« historique » et d’un « message d’espoir et de résistance » envers Donald Trump. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a quant à elle réaffirmé son soutien à la CPI, insistant sur la nécessité de lui permettre de mener sa mission « en toute indépendance, sans subir de pressions ni d’intimidations ».
Le prix Sakharov, créé en 1988, rend hommage à Andreï Sakharov, un dissident soviétique et physicien nucléaire, lauréat du prix Nobel de la paix en 1975. Ce prix récompense des personnalités ou des organisations pour leur combat en faveur des droits humains et de la liberté de pensée. En 2025, il avait été attribué à deux journalistes emprisonnés au Bélarus et en Géorgie, Andrzej Poczobut et Mzia Amaghlobeli. Andrzej Poczobut, un Polono-Bélarusse arrêté en 2021, a été libéré en avril 2026 dans le cadre d’un échange de prisonniers coordonné par les États-Unis. La cérémonie de remise du prix Sakharov 2026 est prévue pour le 16 décembre à Strasbourg, où les lauréats recevront officiellement leur distinction.

