Les conflits au Moyen-Orient et dans la Corne de l’Afrique sont devenus indissociables
Les enjeux de contrôle des détroits d’Ormuz et Bab El-Mandeb ont déplacé l’épicentre des tensions vers la mer Rouge et, plus largement, la Corne de l’Afrique. Les pays de la région, voisins de la péninsule arabique, tentent de tirer parti de cette nouvelle donne, analyse “ISS Africa”, mais l’Afrique risque aussi de pâtir des crises en cours..
Les tensions au Moyen-Orient et dans la Corne de l’Afrique sont désormais étroitement liées, notamment autour des détroits stratégiques d’Ormuz et de Bab El-Mandeb. Ces zones, qui contrôlent l’accès à la mer Rouge et au golfe Persique, sont devenues l’épicentre de crises régionales. Les conflits au Yémen, les attaques des houthistes contre les navires en mer Rouge, et les rivalités entre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis (EAU) illustrent cette interdépendance. Les États africains riverains de la mer Rouge, comme l’Éthiopie, le Soudan ou la Somalie, sont directement impactés par ces dynamiques, car ils offrent des ports, des infrastructures et des partenariats sécuritaires recherchés par les puissances régionales.
L’Arabie saoudite et les EAU se livrent une compétition féroce pour influencer la Corne de l’Afrique et la mer Rouge. Les EAU, via des investissements massifs dans les ports (comme Berbera au Somaliland) et des alliances avec des groupes armés, étendent leur influence. Ils ont également normalisé leurs relations avec Israël en 2020, ce qui renforce leur positionnement stratégique. De son côté, l’Arabie saoudite cherche à contrer cette influence en soutenant des gouvernements locaux, comme en Égypte ou au Pakistan, et en limitant les liens des EAU avec Israël. Cette rivalité crée un climat d’insécurité qui fragilise les États africains de la région.
L’Éthiopie, pays enclavé, cherche à obtenir un accès à la mer Rouge pour réduire sa dépendance vis-à-vis de Djibouti. En 2024, elle a signé un mémorandum controversé avec le Somaliland pour utiliser le port de Berbera, géré par l’entreprise émiratie DP World. Cependant, ce projet a provoqué des tensions avec la Somalie, qui revendique sa souveraineté sur le Somaliland. La Turquie, médiateur dans ce conflit, a proposé un cadre pour encadrer cet accès commercial sous l’autorité de la Somalie. Malgré ces tensions, les EAU et la Turquie maintiennent des liens économiques et politiques avec l’Éthiopie et le Somaliland.
L’Égypte joue un rôle clé dans la région grâce à son contrôle du canal de Suez, une voie maritime majeure. Toute instabilité autour du détroit de Bab El-Mandeb affecte directement le trafic du canal et les recettes égyptiennes. Le pays est également engagé dans une rivalité avec l’Éthiopie, notamment depuis l’inauguration du grand barrage de la Renaissance éthiopienne en septembre 2025. Le Caire conteste les prétentions maritimes de l’Éthiopie et renforce ses liens avec l’Érythrée pour contrer Addis-Abeba. Ces tensions s’ajoutent aux défis sécuritaires posés par la guerre au Soudan et l’instabilité en Somalie.
Plusieurs acteurs internationaux interviennent dans la région. L’Union européenne (UE) déploie des missions comme Aspides et Atalanta pour protéger la navigation commerciale en mer Rouge et lutter contre la piraterie. Elle soutient également des institutions de sécurité en Somalie, au Somaliland et au Puntland. En revanche, les pays du Golfe, comme les EAU ou l’Arabie saoudite, conditionnent leur aide à l’accès à des infrastructures stratégiques et à des partenariats commerciaux. Ces interventions risquent d’enfermer les États africains dans des alliances rivales, limitant leur autonomie.
Les États africains riverains de la mer Rouge, comme le Soudan, la Somalie ou l’Éthiopie, pourraient subir les conséquences négatives de ces rivalités. Les investissements massifs des pays du Golfe dans les ports et les infrastructures pourraient renforcer les architectures de sécurité rivales, réduisant la marge de manœuvre des gouvernements locaux. L’article souligne la question centrale : l’Afrique parviendra-t-elle à transformer cette valeur stratégique en développement commun, ou ces tensions aggraveront-elles la fragmentation du continent ? Les risques incluent une dépendance accrue aux puissances étrangères et une aggravation des conflits internes.

