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[Édito] Classement de Shanghai des universités : poudre aux yeux et pseudo-science

Next.ink · mis à jour il y a 18 j

Depuis 20 ans, le 15 aout signifie, dans le milieu universitaire, l’élévation (et la dégringolade aussi parfois) de certaines universités dans le fameux classement de Shanghai. Tous les ans, nous voyons fleurir les communiqués satisfaits du rang des universités françaises.

Origine chinoise du classement

Le classement de Shanghai, publié chaque année depuis 2003, a été créé par l’université Jiao Tong de Shanghai à la demande du Parti communiste chinois. Son objectif initial était d’éclairer la politique scientifique chinoise pour développer des universités de dimension internationale d’ici 2020. À cette époque, la Chine faisait face à deux défis : permettre à un plus grand nombre de jeunes d’accéder à l’enseignement supérieur, tout en améliorant la réputation de ses universités. Ce classement devait servir de guide pour l’allocation des moyens financiers et humains. Aujourd’hui, la Chine elle-même n’accorde plus une grande importance à ce classement, illustrant son manque de pertinence durable.

Critères contestés

Le classement de Shanghai utilise quatre critères principaux pour évaluer les universités : la qualité de l’enseignement, la qualité du personnel académique, le nombre de publications et l’impact de la recherche. Cependant, ces critères sont largement critiqués. Par exemple, la qualité de l’enseignement est mesurée par le nombre d’anciens étudiants ayant obtenu un Nobel ou une médaille Fields, ce qui est très restrictif. De plus, la qualité du personnel repose sur le nombre de chercheurs primés ou « hautement cités », une méthode facilement manipulable. Les citations bibliométriques, utilisées pour évaluer la recherche, sont également remises en cause depuis plus de dix ans par la Déclaration de San Francisco sur l’évaluation de la recherche (2012), qui recommande d’évaluer la valeur intrinsèque des travaux plutôt que leur médiatisation.

Exemples de biais

Plusieurs exemples illustrent les limites de ce classement. L’Université de Montpellier doit une partie de son rang au mathématicien Alexandre Grothendieck, lauréat de la médaille Fields en 1966, qui y a étudié en 1948. Cela pose la question de la pertinence de critères aussi anciens. De même, des chercheurs comme Didier Raoult ou Kuo-Chen Chou ont vu leur nombre de citations gonflé artificiellement, montrant que cette métrique peut être faussée. Enfin, le classement ne tient pas compte de l’enseignement dispensé par les chercheurs primés, ce qui rend son évaluation incomplète pour juger de la qualité globale d’un établissement.

Impact en France

En France, le classement de Shanghai a été utilisé comme outil de justification par les gouvernements successifs et les directions d’universités pour promouvoir des réformes structurelles. En 2007, le président Nicolas Sarkozy a fixé comme objectif de placer au moins deux universités françaises parmi les 20 premières et dix parmi les 100 du classement. La ministre de l’Enseignement supérieur de l’époque, Valérie Pécresse, a confirmé cet objectif en 2008, tout en reconnaissant que ce classement se concentrait principalement sur la recherche et non sur la qualité de la formation. Malgré ces critiques, les fusions d’universités, comme celle d’Aix-Marseille en 2008, ont été justifiées par l’amélioration attendue de leur position dans ce classement.

Ce que ça pourrait changer

En 2024, certaines universités françaises, comme l’**Université de Lorraine**, ont décidé de ne plus commenter les classements basés sur des outils comme *Web of Science*, une base de données bibliométriques payante. Cette décision reflète une prise de conscience croissante des limites de ces classements, notamment leur caractère commercial et leur manque de fiabilité. Pourtant, des responsables politiques comme **Emmanuel Macron** ou **Sylvie Retailleau**, ministre de l’Enseignement supérieur, continuent de s’en servir pour vanter les performances des universités françaises. Le classement reste donc un sujet de débat, entre son utilisation comme outil de communication et sa remise en cause par les acteurs du monde universitaire.

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