La France et son rover Idefix ont décollé pour Mars : la mission japonaise MMX part percer les mystères de Phobos
La sonde MMX vient de quitter la Terre, embarquant le petit rover franco-allemand pour un voyage inédit dans l'histoire de la conquête spatiale. Cap sur Mars et plus précisément sur Phobos, l'une de ses lunes, afin d’en rapporter des échantillons et de comprendre comment elle est née..
La sonde japonaise MMX (Martian Moons eXploration), développée par la JAXA (Japan Aerospace Exploration Agency), a décollé avec succès le 19 octobre 2026 à 21 h 41 (heure de Paris) depuis le centre spatial de Tanegashima, au Japon. Cette mission spatiale vise à explorer Phobos, la plus grande des deux lunes de Mars, et à en rapporter des échantillons sur Terre. Le lancement, initialement prévu plus tôt, avait été retardé en raison de problèmes techniques liés au lanceur H3, un nouveau modèle de fusée japonaise comparable à la Falcon 9 de SpaceX. La JAXA a obtenu l'autorisation gouvernementale pour ce projet en février 2020. Si MMX réussit sa mission, elle deviendra la première sonde à ramener des matériaux en provenance du système martien, devançant les États-Unis, la Russie et la Chine dans cette course scientifique.
Le rover Idefix, baptisé en hommage au chien d'Astérix et Obélix, est un petit robot franco-allemand de 25 kg développé conjointement par le CNES (Centre national d'études spatiales) et le DLR (Deutsches Zentrum für Luft- und Raumfahrt). Il sera largué par MMX à 40 mètres de la surface de Phobos, où il atterrira et roulera sur ses quatre roues spécialement conçues pour un environnement à très faible gravité (entre 0,003 et 0,007 m/s²). Sur Phobos, les 25 kg terrestres équivaudront à seulement 15 grammes, ce qui rendra son déplacement très différent de celui des rovers martiens comme Perseverance. Idefix embarque quatre instruments : deux caméras pour observer le sol (WheelCams et NavCams), un spectromètre Raman (RAX) pour analyser la composition minérale, et un radiomètre thermique (miniRAD) pour mesurer les variations de température. Il opérera pendant au moins 100 jours, piloté depuis Toulouse et Cologne.
Le voyage de MMX vers Mars durera environ 10 mois, avec une arrivée en orbite martienne prévue en août 2027. Cependant, Idefix ne touchera la surface de Phobos qu’à la fin 2028 ou au début 2029, après que la JAXA aura cartographié la lune depuis l’orbite et sélectionné un site d’atterrissage dans une zone de 300 x 300 mètres. La sonde H3-24, haute de 63 mètres et propulsée par deux moteurs LE-9 à hydrogène et oxygène liquides, a mis MMX sur une trajectoire vers Mars en moins de 80 minutes après son décollage. La sonde pèse plus de 4 tonnes et mesure près de 14 mètres d’envergure une fois ses panneaux solaires déployés. Une fois en orbite martienne, MMX étudiera Phobos et sa petite sœur Deimos pendant plus d’un an avant de tenter deux atterrissages sur Phobos pour collecter des échantillons.
MMX utilisera deux systèmes distincts pour collecter des échantillons sur Phobos. Le premier, C-Sampler, est un carottier développé par la JAXA qui forera le sol sur deux centimètres pour extraire des matériaux enfouis. Le second, P-Sampler (développé par Honeybee Robotics pour la NASA), utilisera un jet de gaz pour soulever les particules de surface et les aspirer dans un conteneur. Ces deux méthodes complémentaires visent à garantir la collecte d’au moins 10 grammes d’échantillons, malgré l’inconnu de la surface de Phobos. Une fois sécurisés, ces échantillons seront scellés dans une capsule et rapportés sur Terre. MMX quittera Phobos en novembre 2030 pour effectuer des survols de Deimos avant de revenir vers la Terre. La capsule sera larguée au-dessus de l’Australie en 2031, avec une rentrée atmosphérique freinée par parachute. La NASA, qui a investi 87 millions de dollars dans la mission, recevra au moins 15 % des échantillons pour analyse.
La mission MMX a pour objectif principal de résoudre un mystère vieux de plus d’un siècle : l’origine des deux lunes de Mars, Phobos et Deimos, découvertes en 1877 par l’astronome *Asaph Hall*. Deux hypothèses s’affrontent. La première suggère que ces lunes sont des astéroïdes primitifs capturés par la gravité de Mars, en raison de leur forme irrégulière (semblable à des pommes de terre) et de leur composition minérale. La seconde hypothèse propose qu’elles soient les vestiges d’un impact colossal ayant arraché de la matière à Mars il y a des milliards d’années, qui se serait ensuite agrégée en orbite. Les orbites quasi circulaires et alignées des deux lunes sur l’équateur de Mars soutiennent cette seconde théorie. L’analyse des échantillons rapportés par MMX permettra de trancher : si leur composition est proche de celle des astéroïdes, cela confirmera leur origine externe ; si elle est identique à celle des roches martiennes, cela accréditera la piste de l’impact.

