La Maison-Blanche accuse Kimi K3 de distillation du modèle Fable d’Anthropic
L’administration Trump a peut-être trouvé la réplique à Kimi K3, le nouveau modèle IA du labo chinois Moonshot AI, dont les poids seront publiés la semaine prochaine. Un officiel de la Maison-Blanche accuse le LLM de distillation de Fable, le modèle d’Anthropic.
Le 17 juillet 2026, le laboratoire chinois Moonshot AI a lancé Kimi K3, un modèle d'intelligence artificielle (IA) avancé. Ce modèle se distingue par des performances proches des meilleurs modèles américains, avec 2 800 milliards de paramètres, et une particularité majeure : ses poids (les données techniques qui définissent son fonctionnement) seront rendus publics le 27 juillet 2026. Cette ouverture permet aux entreprises et organisations d'installer le modèle sur leurs propres serveurs et de le modifier selon leurs besoins. Kimi K3 est donc un modèle open source, contrairement aux modèles fermés comme GPT ou Claude, contrôlés par des entreprises privées. Son prix est également compétitif, ce qui en fait une alternative attractive pour les acteurs du secteur.
Un responsable de la Maison-Blanche, Michael Kratsios, directeur du Bureau de la politique scientifique et technologique, a accusé Moonshot AI d'avoir utilisé une technique appelée distillation pour développer Kimi K3. La distillation consiste à créer un nouveau modèle en s'inspirant des réponses d'un modèle existant, comme Fable, développé par le laboratoire américain Anthropic. Selon Kratsios, Moonshot aurait utilisé une plateforme interne sophistiquée pour mener cette opération à grande échelle, tout en changeant rapidement de méthode pour éviter d'être détectée. Il qualifie ces pratiques de « clandestines » et les juge inacceptables, car elles pourraient saper la recherche américaine. Anthropic a déjà porté plainte contre Moonshot pour des accusations similaires dans le passé.
Les réactions face à ces accusations sont contrastées. OpenAI, un autre laboratoire américain, reste prudente. Dean Ball, responsable de la prospective stratégique, estime que les performances de Kimi K3 ne peuvent pas être expliquées uniquement par la distillation. Greg Brockman, cofondateur d'OpenAI, reconnaît que la question mérite une surveillance, mais salue les qualités du modèle concurrent. Jensen Huang, directeur général de NVIDIA, une entreprise spécialisée dans les puces pour l'IA, défend quant à lui les modèles open source chinois. Il affirme que ces modèles élargissent le marché et ne menacent pas les entreprises américaines, car ils augmentent la demande en matériel informatique, comme les puces ou les centres de données, dont NVIDIA est un fournisseur majeur.
L'administration Trump, représentée par la Maison-Blanche, cherche à protéger l'industrie américaine de l'IA face à la concurrence internationale. Les modèles à poids ouverts, comme Kimi K3, posent un défi car une fois publiés, il est impossible de contrôler leur utilisation ou leur diffusion. Pour y répondre, les États-Unis envisagent de surveiller les nouveaux modèles de frontière avant leur mise à disposition. Cette approche vise à éviter que des technologies propriétaires américaines ne soient utilisées pour développer des modèles concurrents. Le gouvernement souhaite ainsi maintenir un avantage stratégique dans le domaine de l'IA, où les modèles fermés et propriétaires dominent actuellement.
La Chine, via son président Xi Jinping, encourage activement l'*open source* et la collaboration dans le domaine de l'IA. Lors de la *World Artificial Intelligence Conference* de Shanghai la semaine précédant l'article, il a souligné l'importance de partager les technologies pour bénéficier à toutes les industries. Cette stratégie s'inscrit dans une volonté de renforcer la position de la Chine sur la scène mondiale de l'IA. Aux États-Unis, 60 % des *tokens* (unités de calcul utilisées par les modèles d'IA) consommés par les entreprises américaines proviennent déjà de modèles chinois à poids ouverts, selon une étude d'OpenRouter citée par Bloomberg. Cette dépendance croissante inquiète Washington, qui craint de perdre son leadership technologique.

