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Projets éoliens et vote d’extrême droite : ce que révèle une étude inédite

The Conversation France · mis à jour il y a 14 h

L’ESSENTIEL Une étude inédite montre que l’implantation d’éoliennes est associée à une hausse locale du vote d’extrême droite dès le dépôt du permis, avant même la construction. Cet effet est notable dans les communes où les éoliennes sont planifiées, mais il s’étend aussi sur les communes voisines.

Éoliennes et vote d'extrême droite

Une étude inédite, menée entre 2007 et 2022 sur 34 448 communes françaises, révèle un lien entre l'implantation d'éoliennes et une hausse du vote d'extrême droite dès le dépôt d'un permis de construire, avant même la construction des infrastructures. Cette progression est en moyenne de 0,9 point de plus dans les communes concernées et leurs voisines par rapport aux autres communes. Par exemple, cela peut représenter une augmentation de 25 % à 25,9 % des voix. Les chercheurs, dont l'économiste Martin Faulques, soulignent que cet effet est observable dès le premier scrutin suivant le dépôt du permis, et non seulement après la mise en service des éoliennes. Cette corrélation suggère que les projets éoliens deviennent des enjeux politiques locaux bien avant leur concrétisation.

Effet sur les communes voisines

L'étude montre que l'impact politique des éoliennes ne se limite pas à la commune d'accueil. Une hausse du vote d'extrême droite est également observable dans les communes voisines immédiates, parfois sans qu'aucun projet n'y soit implanté. Ce phénomène s'explique par la diffusion des controverses à travers les associations locales, les médias et les réseaux de voisinage. Les frontières administratives ne reflètent pas toujours les réalités territoriales, comme le paysage visible ou les déplacements quotidiens des habitants. Cette extension géographique invite à repenser l'échelle de gouvernance des projets éoliens, en incluant les communes concernées par les retombées visuelles ou environnementales.

Stratégie politique du RN

En France, le Rassemblement national (RN) a fait de l'opposition aux éoliennes un argument de campagne, en s'appuyant sur des thèmes comme la défense des paysages et du patrimoine rural. Le parti présente ces projets comme imposés par les élites, ce qui résonne avec le sentiment d'habitants exclus des décisions. Cette stratégie transforme une contestation locale en soutien électoral, en exploitant le mécontentement face à une gouvernance perçue comme centralisée. L'étude souligne que cette dynamique n'est pas isolée : en Allemagne, l'Alternative für Deutschland (AfD) adopte une approche similaire, rejetant les éoliennes au nom de la préservation des territoires ruraux.

Justice environnementale en jeu

Les conflits autour des éoliennes dépassent le simple refus local (NIMBY, acronyme anglais pour Not In My Backyard, soit « pas dans mon arrière-cour »). Les recherches en justice environnementale soulignent trois questions clés : qui bénéficie des avantages (revenus, recettes fiscales) et qui subit les contraintes (nuisances, transformation du paysage) ? Qui peut participer aux décisions et comment ? Enfin, comment reconnaître l'attachement des habitants à leur territoire, souvent lié à une histoire familiale ou collective ? Une gouvernance transparente et inclusive, dès les premières étapes du projet, pourrait atténuer ces tensions en répondant à ces interrogations.

Dialogue et gouvernance territoriale

Pour éviter que les projets éoliens ne deviennent des catalyseurs de vote protestataire, l'étude propose des pistes pour améliorer leur gouvernance. Il est suggéré d'ouvrir le dialogue avec les habitants dès la phase de permis, afin de modifier le projet si nécessaire, et d'expliquer clairement les choix retenus ou écartés. Associer les communes voisines aux discussions sur les retombées paysagères et les bénéfices partagés pourrait également réduire les tensions. Une autre approche consiste à favoriser les initiatives citoyennes, où les habitants participent activement au financement et à la gestion des projets, comme le défendent certains économistes. Ces méthodes ne garantissent pas l'absence de conflits, mais elles offrent une meilleure prise aux habitants sur les transformations de leur cadre de vie.

Ce que ça pourrait changer

Cette étude ne prouve pas que les éoliennes causent directement une hausse du vote d'extrême droite. Elle observe une corrélation entre les deux phénomènes, sans identifier les individus changeant de vote ni leurs motivations. Elle ne démontre pas non plus qu'un recul des ambitions climatiques réduirait ce vote. En revanche, elle met en lumière un mécanisme : la construction politique d'un projet se fait bien avant sa mise en service. Les décisions prises lors des premières étapes, comme le choix du site ou les modalités de consultation, peuvent influencer durablement la perception des habitants. Cela souligne l'importance d'une gouvernance territoriale attentive aux réalités locales.

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