Moins de télétravail à cause de l’IA : voici l’argument que votre patron pourrait sortir pour vous faire revenir sur site
Étant donné que le travail de routine est désormais confié à l’IA, les entreprises pourraient mieux valoriser les compétences humaines qui s’apprennent en présentiel..
L’intelligence artificielle (IA) automatise de plus en plus les tâches répétitives et routinières dans le monde professionnel. Selon un article du Financial Times cité par l’auteure, cette automatisation pousse les entreprises à repenser leur organisation du travail. Les employés qui travaillaient jusqu’ici à distance pourraient être appelés à revenir sur site plusieurs jours par semaine. L’argument avancé est que l’IA libère du temps pour des activités plus complexes, nécessitant des compétences humaines difficiles à développer en télétravail. Ces compétences incluent par exemple la créativité, l’intelligence émotionnelle ou la résolution de problèmes non structurés. L’IA, en prenant en charge les tâches simples, rendrait ces compétences humaines encore plus précieuses et stratégiques pour les entreprises.
Sayeh Ghanbari, responsable du pôle conseil chez EY au Royaume-Uni, explique que les compétences humaines, comme l’intelligence émotionnelle ou la collaboration en équipe, s’acquièrent mieux en présentiel. Elle souligne que la flexibilité offerte par le télétravail, qui a permis à de nombreux employés d’organiser leur vie autour du travail à domicile, n’est pas compatible avec les besoins actuels des entreprises. Selon elle, ces compétences ne peuvent pas être pleinement développées à distance. EY, bien qu’ayant longtemps défendu la flexibilité, reconnaît la nécessité de réduire cette dernière pour préserver ces compétences essentielles. Elle n’envisage cependant pas d’abandonner totalement sa politique de flexibilité, mais pourrait l’adapter.
Cette évolution n’est pas isolée : elle reflète une tendance plus large dans les secteurs des cols blancs, c’est-à-dire les emplois administratifs, de gestion ou de conseil. De nombreuses entreprises ayant investi dans des outils basés sur l’IA réalisent que le travail en présentiel reste indispensable pour maintenir certaines compétences. Par exemple, Microsoft a imposé à ses employés de travailler sur site trois jours par semaine depuis 2025. L’entreprise justifie cette décision par des données internes montrant que les équipes sont plus dynamiques, autonomes et performantes lorsqu’elles collaborent en personne. Cette politique s’inscrit dans une logique où l’IA optimise les processus, mais où l’humain reste central pour l’innovation et la cohésion d’équipe.
Jamie Dimon, PDG de JPMorgan Chase, une grande banque américaine, partage cette vision. Dans une interview avec CBS, il a conseillé aux jeunes générations de développer leur intelligence émotionnelle pour s’adapter à un monde professionnel en mutation. Pour lui, cette compétence sera déterminante dans un environnement où l’IA prend en charge une partie croissante des tâches techniques. Son conseil s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’avenir du travail, où les qualités humaines deviennent un atout majeur face à l’automatisation. Ces déclarations illustrent comment les dirigeants intègrent l’IA dans leur stratégie tout en réaffirmant l’importance du contact humain.
Microsoft est cité comme un exemple marquant de cette tendance. Depuis 2025, l’entreprise impose à ses employés de travailler trois jours par semaine sur site. Cette décision s’appuie sur une analyse interne des performances des équipes. Selon la firme, les données montrent que les réunions en présentiel favorisent la créativité, l’autonomie et l’efficacité des équipes. Cette politique marque un tournant par rapport aux années précédentes, où le télétravail était largement adopté. Elle reflète une volonté de concilier les avantages de l’IA avec les bénéfices du travail en équipe physique, essentiel pour certaines activités professionnelles.
L’article souligne un paradoxe : alors que le télétravail a permis une meilleure conciliation entre vie professionnelle et personnelle, il pourrait être remis en cause par l’IA. Les entreprises, comme EY, reconnaissent la valeur de la flexibilité, mais estiment que certaines compétences humaines ne peuvent être pleinement développées qu’en présentiel. Cette tension entre flexibilité et performance pourrait conduire à une réduction progressive des jours de télétravail, sans pour autant supprimer totalement cette option. L’enjeu est de trouver un équilibre entre les gains de productivité apportés par l’IA et le maintien des interactions humaines nécessaires à l’innovation et à la cohésion sociale au travail.

