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Philosophie

Émilie Brout et Maxime Marion : « Une figure virtuelle peut susciter un attachement très fort, des affects réels »

AOC Media · mis à jour il y a 1 j

À la suite d'une résidence à la Villa Kujoyama à Kyoto, les artistes Émilie Brout et Maxime Marion exposent « s3lf.tech » au centre d’art 40mcube à Rennes et « Moëra », à la Zoo galerie à Nantes. Ce duo pense depuis plus de quinze ans les imaginaires technologiques, les régimes de croyance et les mécanismes de représentation, en faisant apparaître Internet non pas seulement comme un instrument mais comme un milieu de vie.

Artistes et parcours

Émilie Brout et Maxime Marion sont deux artistes français qui explorent depuis plus de quinze ans les liens entre technologie, représentation et croyance. Leur travail s’inscrit dans le champ de l’art contemporain et questionne les mean images (images statistiques qui remplacent la singularité du réel par des probabilités), un concept emprunté à la théoricienne Hito Steyerl. Leur approche ne se limite pas à critiquer les images numériques : elle cherche à en éprouver les séductions, les contradictions et les puissances de fiction. Après une résidence à la Villa Kujoyama à Kyoto en 2025, ils présentent deux expositions en France : s3lf.tech au centre d’art 40mcube à Rennes et Moëra à la Zoo galerie à Nantes. Leur démarche interroge Internet non comme un simple outil, mais comme un milieu de vie, un espace où s’élaborent nos identités, nos désirs et nos relations sociales.

Figures virtuelles et affects

Les œuvres d’Émilie Brout et Maxime Marion explorent la capacité des figures virtuelles (avatars, intelligences artificielles générant des visages ou des voix) à susciter des attachements émotionnels intenses, voire des affects réels (émotions ressenties comme authentiques malgré leur origine numérique). Les artistes soulignent que ces entités, bien que dépourvues de corps physique, peuvent devenir plus « réelles » que leurs créateurs humains. Leur travail s’inscrit dans un contexte où les IA produisent en continu des contenus (visages, textes, voix) sans auteur identifiable, brouillant les frontières entre réel et virtuel. Les expositions s3lf.tech et Moëra illustrent cette réflexion en mettant en scène des avatars et des environnements numériques qui invitent le spectateur à interagir, comme s’il évoluait dans un espace de vie partagé.

Critique des logiques extractivistes

Les artistes s’appuient sur les travaux de Kate Crawford, spécialiste des logiques extractivistes de l’intelligence artificielle. Ces logiques désignent l’exploitation massive des données personnelles, des émotions et des comportements humains pour alimenter les algorithmes, souvent au détriment des individus. Brout et Marion ne prennent pas position de manière manichéenne (ni technophile ni technophobe) : leurs œuvres révèlent plutôt les tensions entre l’attraction exercée par ces technologies et les risques qu’elles représentent. Elles mettent en lumière comment nos affects et nos comportements sont transformés en ressources exploitables, tout en interrogeant notre capacité à en prendre conscience et à y résister. Leur approche vise à rendre visible ce qui est souvent invisible dans notre quotidien numérique.

Inquiétante étrangeté contemporaine

Les vidéos et installations des artistes jouent sur l’Uncanny Valley (inquiétante étrangeté), un concept psychologique décrivant le malaise ressenti face à des entités presque humaines, mais pas tout à fait. Leurs œuvres exploitent cette sensation pour interroger notre rapport aux images et aux avatars, qui fascinent autant qu’elles inquiètent. Les visiteurs sont invités à éprouver cette ambivalence : les figures virtuelles, bien que créées par des algorithmes, peuvent générer des émotions réelles, comme si elles faisaient partie intégrante de notre expérience humaine. Cette réflexion s’inscrit dans un mouvement plus large de remise en question des régimes de croyance (systèmes de valeurs et de représentations qui structurent notre perception du monde) à l’ère du numérique.

Ce que ça pourrait changer

Les deux expositions présentées en octobre 2026 (*s3lf.tech* à Rennes et *Moëra* à Nantes) sont le fruit d’une résidence artistique à la Villa Kujoyama à Kyoto en 2025. Cette résidence, dédiée aux artistes étrangers, leur a permis de développer des projets en lien avec les enjeux technologiques et culturels du Japon, un pays où les interactions entre tradition et modernité numérique sont particulièrement marquées. Les œuvres exposées ne se contentent pas d’être des objets esthétiques : elles fonctionnent comme des *espaces de réflexion*, où le public est invité à interroger sa propre relation aux technologies, à ses identités multiples et aux nouvelles formes de socialité qu’elles engendrent.

Sujets complémentaires

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