“Je ne suis plus la petite fille au napalm de la photo”
Cinquante ans après le célèbre cliché du photographe Nick Ut qui l’a transformée en symbole des atrocités de la guerre du Vietnam, Kim Phuc Phan Thi estime avoir enfin réussi à “sortir du cadre” de la photo pour devenir elle-même, au Canada..
Kim Phuc Phan Thi est née en 1963 dans le village de Trang Bang, au Sud-Vietnam. Elle grandit dans une famille modeste mais heureuse, entourée de ses parents, de ses cousins et des autres enfants du village. Sa mère gère un petit restaurant local et cultive des terres agricoles. Kim Phuc mène une enfance insouciante, marquée par l’école, les jeux comme la corde à sauter ou cache-cache, et une vie rythmée par les traditions de son village. À cette époque, le Vietnam est en pleine guerre froide, divisé entre le Nord communiste et le Sud soutenu par les États-Unis, mais Kim Phuc ignore encore que son destin va basculer brutalement.
Le 8 juin 1972, alors que Kim Phuc n’a que 9 ans, un avion sud-vietnamien largue des bombes au napalm sur son village. Le napalm est un carburant gélifié utilisé comme arme incendiaire pendant la guerre du Vietnam. Il provoque des brûlures extrêmement douloureuses et difficiles à soigner, car il adhère à la peau et continue de brûler même après l’extinction des flammes. Ce jour-là, Kim Phuc se trouve près d’un temple avec ses cousins lorsqu’elle entend une explosion. Elle est touchée par le napalm et court en hurlant Nóng quá, nóng quá! (C’est trop chaud, trop chaud!) en vietnamien. Les images de sa fuite, nue et brûlée, seront capturées par le photographe Nick Ut et deviendront un symbole mondial des horreurs de la guerre.
La photo de Kim Phuc, prise par Nick Ut le 8 juin 1972, montre une fillette de 9 ans, nue, courant vers l’objectif, le corps couvert de brûlures. Cette image, publiée dans le monde entier, choque l’opinion publique et contribue à renforcer l’opposition à la guerre du Vietnam. Elle devient une icône de la souffrance des civils dans les conflits armés. Kim Phuc, hospitalisée pendant 14 mois et subissant 17 greffes de peau, garde des séquelles physiques et psychologiques toute sa vie. Malgré cela, elle survit et finit par quitter le Vietnam en 1992 pour s’installer au Canada, où elle vit aujourd’hui.
Pendant des décennies, Kim Phuc est réduite à l’image de la petite fille au napalm. Elle explique avoir vécu sous le poids de cette photo, qui a défini son identité aux yeux du monde entier. En 1992, elle quitte le Vietnam pour le Canada, où elle obtient l’asile politique. Elle y fonde la Kim Phuc Foundation International, une organisation qui aide les enfants victimes de guerres à travers le monde. Elle se marie, a deux fils, et devient ambassadrice de bonne volonté pour l’UNESCO. En 2026, elle déclare avoir enfin réussi à sortir du cadre de la photo, c’est-à-dire à se libérer de l’image qui l’a marquée et à construire une vie indépendante de ce symbole.
Le napalm a été largement utilisé pendant la guerre du Vietnam (1955-1975) par les forces américaines et sud-vietnamiennes. Ce produit, dérivé du pétrole, est un carburant épaissi qui brûle à très haute température et adhère à la peau, provoquant des blessures graves et souvent mortelles. Son utilisation a été critiquée pour son manque de discrimination entre combattants et civils. En 1980, une convention internationale interdit l’usage du napalm contre les populations civiles, bien que certaines armées continuent de l’employer. La photo de Kim Phuc illustre les conséquences dramatiques de cette arme sur les enfants et les innocents.
Kim Phuc incarne aujourd’hui la résilience face à l’adversité. Après avoir surmonté des années de douleur physique et de traumatismes psychologiques, elle transforme son histoire en une force pour aider les autres. Elle voyage à travers le monde pour témoigner des horreurs de la guerre et promouvoir la paix. Son parcours montre comment une personne peut se réinventer malgré un passé douloureux. En 2026, elle déclare avoir trouvé un équilibre entre son passé et son présent, refusant d’être définie uniquement par une image prise il y a plus de 50 ans. Son histoire rappelle aussi l’importance de la réconciliation et de la reconstruction après les conflits.

