Afghanistan : comment accéder aux soins sous le régime taliban ?
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En août 2026, l'Afghanistan est sous le contrôle des talibans, un mouvement islamiste armé qui a pris le pouvoir en 2021 après le retrait des forces internationales. Ce régime impose une interprétation stricte de la charia, la loi islamique, ce qui influence fortement l'accès aux soins pour la population afghane. Les talibans ont progressivement restreint les droits des femmes, notamment dans le domaine de la santé, en limitant leur accès à des soins prodigués par des professionnels masculins ou en interdisant certaines pratiques médicales jugées contraires à leurs valeurs. Par exemple, les femmes afghanes ne peuvent plus consulter un médecin de sexe masculin sans la présence d'un mahram (un proche masculin de la famille, comme un père, un frère ou un mari), une règle qui complique considérablement l'accès aux soins pour des millions de femmes, surtout dans les zones rurales où les infrastructures médicales sont déjà limitées.
L'Afghanistan dispose d'un système de santé très fragile, marqué par des décennies de conflits et de sous-investissement. En 2026, le pays compte environ 3 000 centres de santé, dont seulement 20 % sont considérés comme fonctionnels par les organisations internationales. Les hôpitaux publics, souvent sous-financés, manquent cruellement de personnel qualifié, de médicaments et d'équipements de base. Par exemple, le taux de mortalité maternelle en Afghanistan reste parmi les plus élevés au monde, avec environ 638 décès pour 100 000 naissances vivantes en 2023, selon les dernières données disponibles. Les talibans ont tenté de maintenir certains services de santé en collaboration avec des ONG internationales, mais ces partenariats sont fragilisés par les restrictions imposées par le régime, comme l'interdiction pour les femmes de travailler dans des organisations humanitaires ou médicales.
Les femmes afghanes rencontrent des obstacles majeurs pour accéder aux soins de santé sous le régime taliban. Depuis 2021, elles sont exclues de la plupart des professions médicales, à l'exception des sages-femmes et des infirmières, et ne peuvent plus étudier la médecine. De plus, les cliniques privées dirigées par des femmes ont été fermées, réduisant encore davantage les options disponibles. Pour consulter un médecin, une femme doit obligatoirement être accompagnée d'un mahram, ce qui est souvent impossible pour les veuves ou les femmes vivant seules. Les talibans ont également interdit les examens médicaux par des hommes, même pour des urgences, ce qui force les femmes à se tourner vers des solutions alternatives, parfois dangereuses. Par exemple, des réseaux clandestins de femmes médecins, organisés via des applications de messagerie, tentent de contourner ces restrictions en proposant des consultations à distance ou dans des lieux discrets.
Face à l'effondrement du système de santé afghan, les organisations non gouvernementales (ONG) et les agences des Nations Unies jouent un rôle crucial dans l'accès aux soins. Des acteurs comme l'Organisation mondiale de la santé (OMS), l'UNICEF ou Médecins du Monde fournissent des médicaments, forment du personnel médical et soutiennent des cliniques mobiles dans les zones reculées. Cependant, leur action est entravée par les restrictions imposées par les talibans. Par exemple, depuis 2021, les ONG internationales doivent obtenir une autorisation préalable pour opérer, et leurs activités sont soumises à des contrôles stricts. Les talibans imposent également des quotas pour l'emploi des femmes dans ces organisations, limitant leur participation à des rôles administratifs ou de soutien. Malgré ces obstacles, ces structures restent la seule alternative pour des millions d'Afghans, notamment dans les provinces où l'État ne fournit aucun service médical.
Face aux restrictions imposées par les talibans, de nombreux Afghans se tournent vers des solutions informelles pour accéder aux soins. Les cliniques clandestines, souvent dirigées par des femmes médecins ou des anciens professionnels de santé, se multiplient dans les grandes villes comme Kaboul ou Hérat. Ces structures, qui opèrent dans des conditions précaires, proposent des consultations à bas coût ou gratuites, mais elles manquent cruellement de ressources et de sécurité. Par ailleurs, les applications de télémedecine, comme Sehatmandi (développée avec le soutien de l'USAID), permettent aux patients de consulter des médecins à distance, mais leur utilisation est limitée par l'accès à internet, qui reste faible en Afghanistan (seulement 22 % de la population en 2026). Enfin, les déplacements vers les pays voisins, comme le Pakistan ou l'Iran, où les soins sont plus accessibles, sont une option pour les Afghans les plus aisés, mais cette solution est inaccessible pour la majorité de la population.
L'accès limité aux soins en Afghanistan a des conséquences dramatiques sur la santé publique. Selon l'OMS, environ 10 millions d'Afghans, soit près d'un quart de la population, n'ont pas accès à des soins de base en 2026. Les maladies évitables, comme les infections respiratoires, la diarrhée ou les complications liées à la grossesse, représentent une part croissante des décès. Par exemple, le taux de vaccination des enfants contre des maladies comme la rougeole ou la polio a chuté de 80 % depuis 2021, en raison de la fermeture de centres de vaccination et de la méfiance de la population envers les campagnes menées par les talibans. Les maladies mentales, aggravées par la pauvreté et l'insécurité, sont également en forte augmentation, mais les structures de prise en charge restent quasi inexistantes. Ces crises sanitaires risquent de s'aggraver si le système de santé afghan ne reçoit pas un soutien international accru.

