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Géopolitique

Les “lunettes de pervers”, l’innovation dont on n’avait pas besoin

Courrier International · mis à jour il y a 5 j

C’est à la sensation d’être constamment épié sans notre consentement que Kylie Jenner doit sa dernière polémique. L’influenceuse américaine a collaboré avec Meta pour la sortie de ses lunettes connectées, comprendre des lunettes boostées à l’IA et capables de filmer discrètement pour la modique somme de 419 euros.

Crise du consentement numérique

En 2026, la société fait face à une crise du consentement numérique, un concept qui désigne l’inquiétude croissante des individus face à l’utilisation de leurs données personnelles sans leur accord explicite. Cette crise est notamment alimentée par le développement rapide de technologies comme l’intelligence artificielle (IA) et des appareils capables de filmer ou d’enregistrer des conversations à l’insu des personnes concernées. Contrairement aux époques précédentes, il est devenu difficile, voire impossible, d’échapper à ces innovations, car elles s’intègrent dans des objets du quotidien comme les lunettes connectées. Cette situation soulève des questions éthiques et juridiques sur la protection de la vie privée, un droit fondamental souvent remis en cause par les avancées technologiques. Les médias étrangers, comme le magazine britannique Dazed, alertent sur les risques de cette tendance, où les individus perdent le contrôle sur leur propre image et leur intimité.

Lunettes Meta en polémique

En septembre 2025, Meta, l’entreprise dirigée par Mark Zuckerberg, a lancé une nouvelle gamme de lunettes connectées équipées d’intelligence artificielle, commercialisées à 419 €. Ces lunettes, présentées comme un accessoire futuriste, permettent notamment de filmer discrètement son environnement. Cependant, leur utilisation a rapidement suscité une vive polémique. Des utilisateurs, principalement des hommes, ont été accusés d’enregistrer des femmes à leur insu, puis de diffuser ces vidéos sur les réseaux sociaux sans leur consentement. Ces vidéos, souvent filmées du point de vue de l’agresseur, génèrent des millions de vues et attirent des commentaires misogynes, comme l’a rapporté la chaîne américaine CNN en février 2026. Cette affaire a valu aux lunettes le surnom péjoratif de lunettes de pervers, reflétant l’indignation du public face à cette utilisation abusive de la technologie.

Contournement des voyants de confidentialité

Pour rassurer les utilisateurs sur le respect de leur vie privée, les lunettes connectées de Meta sont équipées d’un voyant de confidentialité, une petite lumière qui s’allume lorsque l’appareil enregistre une vidéo ou une photo. Ce dispositif est obligatoire pour informer les personnes filmées de l’enregistrement en cours, conformément aux normes de protection des données. Pourtant, certains détenteurs de ces lunettes cherchent à contourner cette mesure de sécurité pour filmer à l’insu des autres. Selon le média spécialisé The Verge, des utilisateurs collent du ruban adhésif sur le voyant, percent son emplacement, ou utilisent d’autres méthodes pour le masquer. Meta a tenté de limiter ces manipulations en ajoutant une notification sur les modèles de deuxième génération, mais ces mesures restent insuffisantes, car les utilisateurs trouvent des moyens de les contourner. En réponse, Meta prévoit une mise à jour qui désactivera la caméra si le voyant est trafiqué ou détruit.

Interdictions dans les lieux publics

Face à la mauvaise publicité entourant les lunettes connectées et aux risques de leur utilisation abusive, certains lieux publics ont décidé d’interdire leur usage. Aux États-Unis, des tribunaux de Philadelphie et de New York, ainsi que des compagnies de croisière, ont pris cette mesure pour protéger les visiteurs et les employés. Ces interdictions reflètent une prise de conscience des institutions face à l’insuffisance des protections offertes par les fabricants de technologies. Elles montrent aussi que la régulation de ces innovations ne dépend pas uniquement des entreprises, mais aussi des pouvoirs publics. Cette tendance pourrait s’étendre à d’autres pays et secteurs, notamment si les scandales liés à l’utilisation abusive des lunettes se multiplient.

Ce que ça pourrait changer

Meta, sous la pression des critiques et des régulations, a annoncé une mise à jour de ses lunettes connectées pour renforcer la protection de la vie privée. Cette mise à jour désactivera automatiquement la caméra si elle détecte que le voyant de confidentialité a été modifié ou endommagé. Cependant, cette solution technique reste réactive et ne résout pas le problème de fond : l’utilisation malveillante de ces lunettes. Les experts s’interrogent sur l’avenir de ces accessoires : les consommateurs continueront-ils à les acheter malgré les controverses ? Les marques parviendront-elles à regagner la confiance du public, ou les régulateurs devront-ils imposer des règles plus strictes ? Pour l’instant, la réponse semble venir des deux côtés, avec des initiatives à la fois privées et publiques pour encadrer cette technologie.

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