En Inde, les viols restent un fléau malgré le renforcement des lois
Une série de viols relance l’indignation. Mais au-delà de la législation, il y a le changement des mentalités..
En Inde, les viols restent un phénomène récurrent malgré les réformes législatives mises en place pour les combattre. En 2024, le pays a officiellement recensé 29 536 cas de viol, soit environ 80 par jour, dans un pays peuplé de 1,5 milliard d'habitants. Ce chiffre est probablement sous-estimé, car de nombreuses agressions ne font pas l'objet d'une plainte. Les autorités indiennes ont renforcé les lois après le viol et le meurtre d'une étudiante en 2012 à New Delhi, un événement qui avait provoqué une vague d'indignation mondiale. Pourtant, malgré ces mesures, les viols continuent de se produire, remettant en cause l'efficacité des réformes. Les défenseurs des droits des femmes soulignent que ces crimes ne sont pas seulement un problème juridique, mais aussi un problème de société, lié à des mentalités profondément ancrées.
Plusieurs affaires récentes illustrent l'ampleur du problème. Le 21 septembre, une adolescente de 17 ans a été violée en réunion dans un parc de New Delhi par trois hommes se faisant passer pour des policiers. Le 12 septembre, une mineure de 16 ans a été violée puis tuée dans la même ville, surnommée la « capitale du viol » de l'Inde. Un mois plus tôt, une autre adolescente de 17 ans avait été victime d'un viol collectif dans la mégapole de New Delhi, qui compte 30 millions d'habitants. Ces affaires, ainsi que d'autres dans l'État du Bihar, ont ravivé l'indignation publique et provoqué des manifestations. Chaque nouvelle affaire s'accompagne d'arrestations et de prises de position politiques, mais les réformes semblent insuffisantes pour endiguer le phénomène.
Après le viol et le meurtre de l'étudiante en 2012, le gouvernement indien a durci la législation. La définition des infractions sexuelles a été élargie, et les peines ont été alourdies. Par exemple, le viol collectif est désormais passible d'une peine minimale de 20 ans de prison, et la peine de mort a été introduite pour les récidivistes. Cependant, ces réformes ne semblent pas avoir réduit le nombre de viols. En 2024, le viol et le meurtre d'une femme médecin dans un hôpital de Calcutta ont de nouveau provoqué un mouvement de colère à travers le pays. Les défenseurs des droits des femmes estiment que ces mesures ne suffisent pas, car elles ne s'attaquent pas aux causes profondes du problème, comme les mentalités discriminatoires envers les femmes.
Les avocats et défenseurs des droits des femmes pointent du doigt les lacunes du système judiciaire indien. La police est souvent débordée, avec un commissariat pour 200 000 à 300 000 habitants, ce qui rend difficile une réponse efficace. Le système judiciaire est également engorgé : en 2024, plus de 206 000 procédures pour viol étaient ouvertes, mais seulement 20 587 ont été jugées. Les viols mettent en moyenne sept à huit ans à être jugés, et si le dossier va jusqu'à la Cour suprême, cela peut prendre vingt ans. Cette lenteur décourage les victimes, qui perdent espoir, et permet aux auteurs de crimes de ne plus craindre la justice. Les acteurs clés, comme l'avocate Shilpi Jain, soulignent que le manque de moyens et la saturation du système judiciaire compromettent l'efficacité des réformes.
Les experts s'accordent à dire qu'une réforme législative seule ne peut résoudre le problème des viols en Inde. Poonam Muttreja, de l'ONG *Population Foundation of India*, estime que la prévention doit intervenir bien avant le passage à l'acte, notamment au sein des familles, des écoles, des communautés, en ligne et dans la police. La militante Yogita Bhayana ajoute que le changement des mentalités est essentiel, car l'idée selon laquelle la femme est fautive si elle rentre tard ou sort avec un homme reste profondément ancrée dans la société indienne. Sans une transformation culturelle et sociale, les réformes juridiques risquent de rester inefficaces face à un fléau qui persiste malgré les efforts.

