À Bamako, les quartiers périphériques “dans un état de privation d’eau chronique”
En reportage dans divers quartiers de la capitale malienne, le site “Cenozo” observe une iniquité saisissante en matière de distribution d’eau potable, alors que seuls 15 % des ménages disposent d’eau courante à domicile..
À Bamako, la capitale du Mali, l’accès à l’eau potable est très inégal selon les quartiers. Les données officielles indiquent que 83 % de la population a accès à l’eau potable et 75,4 % à une source améliorée (comme des robinets ou des forages). Cependant, seuls 15 % des ménages disposent d’eau courante à domicile. Cette différence s’explique par une répartition inégale des infrastructures : les quartiers centraux, comme Hamdallaye, bénéficient d’un approvisionnement relativement régulier, tandis que les zones périphériques, comme Kalaban Coura ou Sénou, souffrent de coupures fréquentes ou d’un manque total de réseau. Les habitants de ces quartiers doivent alors recourir à des forages privés payants, à des marchands d’eau ambulants ou à des puits, souvent de mauvaise qualité.
Les habitants des quartiers périphériques de Bamako décrivent une situation difficile. À Kalaban Coura, un quartier de près de 140 000 habitants, Fatoumata et d’autres femmes doivent faire la queue dès 8 heures du matin avec des bidons de 25 litres pour récupérer de l’eau, souvent auprès de forages privés. Une vieille dame explique que cette corvée rappelle les difficultés de son époque, illustrant la persistance de ce problème. À Badalabougou, un quartier universitaire, les résidents témoignent de coupures d’eau fréquentes, parfois de 7 heures à 21 heures. À Sénou, un quartier de 200 000 habitants, les puits s’assèchent entre avril et mai, rendant les forages indispensables pour les familles. Ces récits montrent l’impact quotidien de cette privation d’eau sur la vie des habitants.
Plusieurs facteurs expliquent cette crise de l’eau à Bamako. La mauvaise répartition des infrastructures joue un rôle majeur : les réseaux d’eau sont concentrés dans les quartiers centraux, tandis que les périphéries en sont exclues. La gestion institutionnelle fragmentée et la volonté politique insuffisante aggravent la situation. L’article souligne également la valse des ministres à la tête du département de l’Énergie et de l’Eau, ce qui nuit à la continuité des politiques publiques. Ces éléments combinés enferment les quartiers périphériques dans un état de privation d’eau chronique, malgré les chiffres officiels qui masquent cette réalité.
Plusieurs acteurs sont impliqués dans cette crise. La Direction nationale de l’hydraulique (DNH) est l’institution malienne chargée de la gestion de l’eau. Elle fournit des données officielles sur l’accès à l’eau potable, mais celles-ci ne reflètent pas les inégalités entre quartiers. Le site d’investigation Cellule Norbert Zongo pour le journalisme d’investigation en Afrique de l’Ouest (Cenozo) a mené un reportage pour révéler cette situation. Enfin, les habitants des quartiers périphériques, comme Fatoumata, sont des témoins directs des conséquences de cette crise. Leur témoignage met en lumière l’écart entre les statistiques et la réalité vécue.
La privation d’eau à Bamako a des conséquences majeures sur la vie quotidienne des habitants des quartiers périphériques. Les femmes, souvent chargées de cette corvée, doivent consacrer plusieurs heures par jour à la recherche d’eau, ce qui limite leur temps pour d’autres activités comme le travail ou l’éducation. Les enfants, notamment les filles, peuvent être contraints de manquer l’école pour aider leur famille. De plus, l’utilisation d’eau de mauvaise qualité, provenant de puits ou de forages non contrôlés, expose les populations à des risques sanitaires, comme des maladies liées à l’eau contaminée. Cette situation aggrave les inégalités sociales et économiques dans la capitale malienne.

