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Le Canada pourrait-il jouer un rôle dans un nouveau Conseil européen de sécurité?

Le Devoir · mis à jour il y a 2 j

Mark Carney cherche des moyens pour Ottawa de gérer les questions de sécurité sans passer par les États-Unis..

Nouveau conseil européen

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a proposé la création d’un Conseil européen de sécurité, un nouveau forum dédié à la sécurité du continent. Ce conseil inclurait le Canada, la Norvège, l’Ukraine, le Royaume-Uni et d’autres partenaires. L’objectif est de compléter les mécanismes existants, comme l’OTAN, en répondant aux menaces modernes qui ne relèvent pas d’une attaque militaire classique. Par exemple, des actions comme des cyberattaques, des campagnes de désinformation ou des sabotages de câbles sous-marins. Ces menaces, qualifiées de hybrides, sont difficiles à attribuer et à contrer avec les outils traditionnels. Le discours a été prononcé à Strasbourg, en France, devant le Parlement européen, et le premier ministre canadien Mark Carney y assistait.

Rôle du Canada

Le Canada pourrait jouer un rôle dans ce conseil, selon les propos d’Ursula von der Leyen. Mark Carney, le premier ministre, cherche depuis longtemps à diversifier les partenariats de sécurité du Canada, notamment pour réduire sa dépendance envers les États-Unis. Stephen Saideman, professeur en affaires internationales, souligne que ce conseil pourrait être un moyen de gérer les relations avec Washington, surtout sous l’administration de Donald Trump, jugée imprévisible. Même si ce conseil reste symbolique, son importance réside dans le fait que l’Europe considère désormais le Canada comme un partenaire fiable, indépendamment des États-Unis. Cela pourrait aussi permettre de mieux coordonner des réponses aux actions de la Russie, comme les attaques par drones ou les interférences électorales.

Menaces hybrides en Europe

L’Europe est confrontée à des menaces hybrides, des actions qui ne constituent pas une attaque militaire traditionnelle mais qui visent à déstabiliser le continent. Par exemple, en mars 2024, un drone a attaqué un aéroport de Leipzig en Allemagne, une attaque attribuée à la Russie. D’autres incidents incluent la coupure de câbles sous-marins ou l’envoi de drones près des frontières européennes. Ces actions échappent souvent au cadre juridique des traités de défense collective, comme ceux de l’OTAN. L’OTAN, alliance militaire fondée en 1949, repose sur une défense collective où une attaque contre un membre est considérée comme une attaque contre tous. Cependant, elle ne couvre pas spécifiquement ces menaces modernes.

Différences OTAN et UE

L’OTAN et l’Union européenne (UE) ont des rôles distincts en matière de sécurité. L’OTAN, avec 32 membres en 2024, se concentre sur la défense militaire et la dissuasion, avec une structure de commandement dédiée. L’UE, quant à elle, intervient davantage sur des aspects comme la coordination des achats militaires ou la lutte contre les cybermenaces. Par exemple, l’UE pourrait aider les pays membres à acheter des chars interopérables, réduisant ainsi les coûts et améliorant la compatibilité entre armées. Kerry Buck, ancienne ambassadrice du Canada à l’OTAN, estime qu’un nouveau Conseil de sécurité européen serait utile s’il se concentrait sur des menaces non militaires, comme les cyberattaques ou la désinformation.

Historique et défis

L’idée d’un Conseil européen de sécurité n’est pas nouvelle. Elle a été évoquée il y a près de dix ans par le président français Emmanuel Macron et l’ancienne chancelière allemande Angela Merkel, notamment pour maintenir des liens avec le Royaume-Uni après le Brexit en 2020. Cependant, le projet n’a jamais abouti en raison d’un manque de clarté sur sa forme et son fonctionnement. Luigi Scazzieri, analyste à l’Institut d’études de sécurité de l’UE, note que ce conseil pourrait permettre une prise de décision plus rapide, mais il soulève des questions politiques et pratiques. Les détails seront précisés dans un futur document de stratégie de sécurité, où des membres permanents comme l’Allemagne, la France et la Pologne pourraient jouer un rôle central.

Ce que ça pourrait changer

Les experts canadiens et européens restent prudents quant à la forme que prendra ce conseil. Kerry Buck souligne que sans détails concrets, il est difficile d’évaluer son utilité. Si ce conseil reproduit simplement les mécanismes de l’OTAN au sein de l’UE, il pourrait manquer de crédibilité. Stephen Saideman, lui, voit dans ce projet un symbole important : l’Europe considère le Canada comme un partenaire fiable, même en l’absence des États-Unis. Cependant, la proposition reste floue sur des aspects clés, comme la coordination des politiques ou la répartition des rôles entre les membres. Les discussions se poursuivent, avec un document stratégique attendu prochainement pour éclaircir ces points.

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