À l’orée de la mort, Louis-José Houde célébre la vie
Dans «Et jusqu’à la fin la beauté», l’humoriste aborde la maladie de sa mère et son rôle de proche aidant..
Louis-José Houde, humoriste québécois âgé de 48 ans et père de deux jeunes garçons, prépare son sixième spectacle solo intitulé « Et jusqu’à la fin la beauté ». Ce spectacle, présenté comme le plus autobiographique de sa carrière, aborde des thèmes personnels et universels comme la maladie d’Alzheimer de sa mère, son rôle de proche aidant et les défis du système de santé québécois. Avec plus de 1 479 738 billets vendus lors de ses précédents spectacles, Houde mise sur l’humour pour traiter de sujets graves tout en restant fidèle à sa marque de fabrique : faire rire son public. Le spectacle est écrit avec l’aide de François Avard (scénariste-conseil) et mis en scène par Justin Laramée. Il sera joué à Montréal, Québec et en tournée jusqu’en janvier 2025.
En 2018, Angèle, la mère de Louis-José Houde, reçoit un diagnostic de trouble cognitif léger qui évolue vers la maladie d’Alzheimer. Cette maladie, qui ne s’est pas déclarée brutalement, a profondément marqué l’humoriste. Angèle, femme cultivée et passionnée de littérature et de théâtre, a toujours été sensible à la beauté, notamment à travers la musique. Le titre du spectacle s’inspire de cette résilience face à la maladie. Houde explique que ce diagnostic a été un choc, car il a vu sa mère perdre progressivement sa lucidité, tout en restant consciente de son état pendant un temps. La maladie a aussi coïncidé avec la pandémie de COVID-19, aggravant les difficultés liées aux consignes sanitaires et à l’isolement.
Pour écrire ce spectacle, Louis-José Houde a commencé à prendre des notes dès 2019, documentant non seulement l’évolution de la maladie de sa mère, mais aussi les défis rencontrés par sa famille en tant que proches aidants. Ces notes, accumulées sur 300 pages, ont été compilées en 2024 lors d’un voyage à vélo jusqu’au Lac-aux-Castors. Houde a ensuite réduit ce matériel à 68 pages pour le spectacle, en cherchant un équilibre délicat entre tragique et comique. Il a évité de tomber dans le pathos ou de rire aux dépens de sa mère, en privilégiant des anecdotes où les pertes de mémoire de cette dernière créaient des situations où c’est lui, l’humoriste, qui en était la « victime ». Ce travail d’écriture a été cathartique pour Houde, qui y voit une façon de rendre hommage à sa mère tout en aidant d’autres proches aidants.
Le spectacle aborde des thèmes comme la vie en résidence pour personnes âgées, les relations avec les voisins de chambre, l’homologation du mandat de protection (un document juridique permettant à un proche de prendre des décisions pour une personne inapte), les interrogatoires, les propos suicidaires et les appels téléphoniques incessants. Houde souligne que son objectif est de rendre ce récit de proche aidance accessible et drôle, tout en reconnaissant la difficulté de la situation. Il explique avoir passé des centaines d’heures avec sa mère, des moments qu’il n’aurait pas eus sans la maladie, mais qui ont aussi renforcé leur relation. Le spectacle vise à alléger le quotidien des personnes vivant une situation similaire, qu’elles soient en train de la vivre, l’aient déjà vécue ou l’anticipent.
Dans son processus créatif, Louis-José Houde s’est interrogé sur les lacunes du système de santé québécois face au vieillissement de la population. Pour y répondre, il a rencontré le Dr Stéphane Lemire, gériatre à Québec, spécialiste de la gériatrie sociale (une approche qui vise à prolonger le maintien à domicile des personnes âgées en renforçant le rôle de la communauté). Le Dr Lemire a expliqué à Houde que le Québec fait face à un papy-boom (l’arrivée à la retraite des générations nombreuses nées après la Seconde Guerre mondiale), similaire au baby-boom des années 1945-1960. Il propose des solutions comme la centralisation des procédures et la création d’un système de sentinelles (des membres de la communauté formés pour repérer les besoins des personnes âgées). Houde en a intégré plusieurs idées dans son spectacle.
Louis-José Houde souligne dans son spectacle l’absence de préparation à la fin de vie dans la société québécoise. Il critique le fait que les discussions sur la retraite se concentrent sur l’épargne financière, mais rarement sur les dépenses liées aux derniers mois de la vie, comme les soins palliatifs ou l’accompagnement en fin de vie. Pour lui, mourir dans la dignité devrait être accessible à tous, sans distinction de classe sociale. Cette réflexion s’inscrit dans une volonté plus large de sensibiliser le public aux enjeux de la fin de vie et de l’accompagnement des personnes âgées, tout en utilisant l’humour comme levier pour aborder ces sujets sensibles.

