Les nouveaux mots préférés des chefs politiques
Dans un gouvernement minoritaire, les chefs de partis devront utiliser davantage le mot « compromis »..
Lors de leurs discours après les élections de 2026 au Québec, les chefs des quatre principaux partis politiques ont privilégié des mots à connotation positive comme adhésion, collaboration ou ralliement pour rassurer la population sur leur volonté de travailler ensemble. Ces termes, souvent prononcés avec émotion, visaient à apaiser les tensions après une campagne électorale serrée. Cependant, le mot compromis, bien que moins agréable à utiliser, pourrait devenir incontournable dans un Parlement divisé où aucun parti ne détient la majorité absolue. Cette situation, appelée gouvernement minoritaire, est fréquente au Québec : elle limite la marge de manœuvre du gouvernement, dont l’espérance de vie moyenne est d’environ 18 mois. Les partis doivent alors négocier en permanence pour faire adopter leurs lois, ce qui rend le vocabulaire de la coopération essentiel.
Pendant la campagne électorale, des chercheurs de l’Université Laval ont développé une application pour analyser les mots les plus utilisés par les chefs politiques. Par exemple, Paul St-Pierre Plamondon, chef du Parti québécois (PQ) et nouveau premier ministre, employait fréquemment le mot immigration, mais aussi conviction. Ce dernier terme pourrait devenir moins central dans son discours, car un gouvernement minoritaire exige plus de souplesse ou de flexibilité pour obtenir des appuis. À l’inverse, Charles Milliard, chef du Parti libéral du Québec (PLQ), utilisait souvent le mot équipe, reflétant son expérience à la tête d’un groupe de 40 députés expérimentés, contre 18 avant la dissolution du Parlement. Pour le Parti conservateur du Québec (PCQ), dirigé par Éric Duhaime, les mots taxes, impôt et gaz dominaient, mais le parti devra désormais privilégier la discipline pour encadrer ses nouveaux députés, dont certains s’exprimaient librement sur les réseaux sociaux.
Le Parti québécois, passé de 7 à 59 députés, doit désormais gérer une croissance rapide et intégrer les engagements électoraux des autres partis dans son premier budget, comme l’a annoncé Paul St-Pierre Plamondon. Ce dernier a aussi souligné l’importance de l’humilité pour créer des alliances, en reconnaissant les bons coups des adversaires. Pour le PLQ, dirigé par Charles Milliard, l’enjeu est de consolider son leadership au sein d’une équipe déjà expérimentée, tandis que le PCQ, avec près de 20 députés élus, cherche à s’institutionnaliser et à se professionnaliser. Éric Duhaime, son chef, mise sur la négociation plutôt que sur le blocage pour faire avancer ses idées, s’inspirant de l’exemple de Québec solidaire, qui a su influencer des politiques comme celles sur le logement. Enfin, la Coalition Avenir Québec (CAQ), sans élu, devra se battre pour exister politiquement, d’autant que le PCQ a repris l’expression troisième voie pour se définir.
Dans un gouvernement minoritaire, comme celui issu des élections de 2026 au Québec, chaque parti doit adapter son langage et ses stratégies pour survivre. Le premier ministre, Paul St-Pierre Plamondon, doit s’assurer d’avoir le maximum de députés en Chambre pour faire adopter ses projets de loi, tandis que l’opposition officielle, menée par Charles Milliard, peut se permettre de prendre son temps pour installer son leadership. Éric Duhaime, chef du PCQ, devra quant à lui surveiller les prises de parole de ses députés pour éviter les dérapages, tout en promouvant une image de parti responsable. Le mot compromis, bien que moins valorisant que concession, pourrait devenir le mot clé de cette législature, car les partis devront accepter des compromis pour faire avancer leurs dossiers. Cette dynamique force chaque formation à ajuster ses communications, tant à l’interne qu’en public, pour éviter les blocages.
L’application développée par l’Université Laval a permis d’identifier les mots préférés de chaque chef politique pendant la campagne. Pour Paul St-Pierre Plamondon (PQ), *conviction* et *immigration* dominaient, reflétant ses priorités électorales. Charles Milliard (PLQ) privilégiait *équipe*, mettant en avant la cohésion de son groupe. Éric Duhaime (PCQ) utilisait *taxes* et *impôt*, thèmes centraux de son programme. Ruba Ghazal (Québec solidaire) avait choisi *logement*, une préoccupation majeure pour son parti. Enfin, la CAQ, sans élu, devait se contenter de mots comme *exister* pour souligner son besoin de visibilité. Ces choix de vocabulaire révèlent les stratégies de communication et les priorités de chaque formation, mais aussi les adaptations nécessaires dans un contexte politique fragmenté.

