Lotbinière est-elle prête à rouvrir le dossier du gaz de schiste?
Les puits, et les plaies, ne sont pas encore complètement refermés dans cette MRC..
Le sujet du gaz de schiste refait surface dans la municipalité régionale de comté (MRC) de Lotbinière, située au Québec, en pleine campagne électorale de 2026. Cette région avait déjà connu l’exploration de gaz de schiste au début des années 2010. À l’époque, des entreprises gazières de l’Alberta, une province de l’Ouest canadien, avaient commencé à forer des puits dans la région, notamment près de la forêt seigneuriale, un territoire public. Les méthodes utilisées, comme la fracturation hydraulique, consistaient à injecter de grandes quantités d’eau sous haute pression pour libérer le gaz emprisonné dans la roche. Les camions-citernes transportant cette eau circulaient entre la rivière du Chêne et les puits, souvent sans transparence ni consultation locale.
En 2014, la MRC de Lotbinière avait déposé un mémoire (un document officiel exposant sa position) au Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), une instance québécoise chargée d’évaluer les projets ayant un impact environnemental. La MRC s’y déclarait favorable à l’exploitation du gaz de schiste, mais uniquement si elle ne nuisait pas à la santé de la population ni à la qualité du milieu de vie. Aujourd’hui, quatre puits abandonnés subsistent encore dans la forêt seigneuriale, selon le ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie (MEIE) du Québec. Ces puits, gérés par l’entreprise Questerre Energy, présentent des fuites sous le seuil réglementaire, c’est-à-dire des écoulements de substances qui ne dépassent pas les limites légales autorisées, mais qui restent préoccupants.
Dominique Beaudet, un agriculteur de Leclercville et vice-président de l’Union des producteurs agricoles (UPA) de Lotbinière-Nord, s’était mobilisé contre l’exploration gazière dans les années 2010 par crainte de la contamination de la nappe phréatique, une réserve d’eau souterraine essentielle pour l’agriculture et les habitants. En 2024, Questerre Energy a proposé un projet pilote de stockage de carbone sur quatre puits, dont celui de Leclercville, mais ce projet a finalement été attribué à un autre site, à Bécancour. Beaudet souligne que les agriculteurs ne veulent pas servir de « cobayes » et que l’UPA n’est pas prête à accepter une relance de l’exploitation sans garanties solides. Il précise que la position de l’organisation sera discutée avec ses membres.
Le maire de Saint-Édouard-de-Lotbinière, Pierre-Luc Daigle, et le préfet de la MRC de Lotbinière, Daniel Turcotte, expriment une ouverture prudente envers une éventuelle relance de l’exploitation du gaz de schiste. Daigle reconnaît que certains citoyens pourraient être réceptifs, mais insiste sur la nécessité de preuves de la part des entreprises et d’une consultation en amont de la population. Turcotte, quant à lui, admet avoir des interrogations, notamment sur les risques de contamination des puits privés. Il souligne aussi que la MRC doit gérer d’autres dossiers prioritaires, comme le développement de l’éolien (énergie produite par le vent). Tous deux estiment que le contexte politique et social a pu évoluer depuis 2014, mais insistent sur la nécessité d’une acceptabilité sociale confirmée par le gouvernement.
Pierre Bluteau, un militant de Leclercville, rappelle que la lutte contre le gaz de schiste dans les années 2010 avait été menée par un mouvement citoyen profond, impliquant du porte-à-porte, des pétitions et des comités locaux dans chaque municipalité. Cette mobilisation avait conduit à l’adoption, en 2022, de la Loi mettant fin à la recherche d’hydrocarbures au Québec, qui interdit désormais l’exploration et l’exploitation du gaz de schiste. Bluteau estime que la bataille actuelle serait différente avec les médias sociaux, mais souligne que Lotbinière, traditionnellement plus conservatrice, n’avait pas été le théâtre de la mobilisation la plus intense. Il conclut que les militants sont prêts à se réorganiser si le dossier devait être relancé.
Le retour du gaz de schiste dans le débat public intervient alors que le **Parti conservateur du Québec (PCQ)**, dirigé par Éric Duhaime, propose de relancer l’exploitation de cette ressource. Duhaime a récemment attribué le moratoire de 2022 à quelques militants écologistes de Montréal, une affirmation contestée par les acteurs locaux. Les partis politiques comme le **Parti québécois (PQ)** et le **Parti conservateur du Québec** semblent divisés sur la question, certains défendant une relance économique tandis que d’autres privilégient la prudence environnementale. Le gouvernement actuel, quant à lui, n’a pas encore pris de position claire sur une éventuelle réouverture du dossier.

