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Géopolitique

En Afrique, l’Alliance pour une révolution verte “peine à sortir les agriculteurs de la pauvreté”

Courrier International · mis à jour 23 sept.

À l’occasion du 20e anniversaire de cette organisation fédérant des acteurs publics et privés, en vue de transformer les rendements et les revenus des paysans dans 13 pays africains, le bilan est nuancé. La presse souligne notamment une réorientation vers la culture du maïs qui s’est faite au détriment des cultures traditionnelles, plus résistantes face au changement climatique..

Alliance verte 20 ans

L’Alliance pour une révolution verte en Afrique (Agra) célèbre ses 20 ans en 2026. Créée avec un budget annuel d’environ 100 millions de dollars (88 millions d’euros) et soutenue par des partenaires publics et privés comme les fondations Bill-et-Melinda-Gates et Rockefeller, ainsi que par l’ex-secrétaire général de l’ONU Kofi Annan, cette organisation vise à transformer les rendements et les revenus des petits agriculteurs en Afrique. Initialement, l’Agra s’était fixée comme objectif de doubler les rendements et les revenus de 30 millions de petits producteurs dans 11 pays africains d’ici 2021, mais le bilan reste mitigé.

Bilan mitigé

Vingt ans après sa création, l’Agra peine à atteindre ses objectifs initiaux. Bien que les rendements agricoles aient légèrement augmenté, cette progression reste insuffisante pour sortir les agriculteurs de la pauvreté. Les revenus des paysans restent faibles et instables, en raison de plusieurs obstacles structurels. Parmi ceux-ci figurent un manque d’infrastructures de stockage pour conserver les récoltes, un accès limité au crédit pour financer les activités agricoles, et des coûts de transport élevés qui réduisent la rentabilité des cultures. Ces problèmes sont aggravés par la vulnérabilité des systèmes alimentaires africains face aux chocs climatiques, aux conflits et à la volatilité des prix mondiaux.

Réorientation maïs

L’Agra a encouragé une réorientation des cultures vers le maïs, une plante à haut rendement, mais cette stratégie a eu des effets négatifs sur les cultures traditionnelles. Ces dernières, souvent plus résistantes aux aléas climatiques comme les sécheresses, ont été délaissées au profit du maïs. Cette transition a fragilisé la sécurité alimentaire des populations locales, car les cultures traditionnelles jouaient un rôle clé dans l’adaptation aux conditions locales et dans la diversification des sources de nourriture. Le rapport souligne que cette réorientation n’a pas suffi à améliorer durablement les conditions de vie des agriculteurs.

Limites industrielles

Un autre échec de l’Agra réside dans son incapacité à transformer les surplus agricoles en emplois industrialisés ou en produits transformés. Les récoltes supplémentaires ne sont pas converties en valeur ajoutée locale, comme la fabrication de farine, d’huile ou d’autres produits dérivés, qui pourraient générer des revenus supplémentaires et créer des emplois. Cette absence de transformation locale limite les bénéfices économiques pour les producteurs et maintient les agriculteurs dans une situation de précarité. Le rapport indique que les surplus restent souvent invendus ou vendus à bas prix, sans réelle amélioration des conditions socio-économiques des paysans.

Ce que ça pourrait changer

Les difficultés rencontrées par l’Agra s’expliquent par des problèmes systémiques qui dépassent le cadre agricole. Les agriculteurs africains font face à des défis structurels, comme l’absence d’infrastructures de stockage adaptées, qui entraînent des pertes post-récolte estimées à 30 % dans certaines régions. De plus, l’accès limité au crédit, souvent en raison de garanties insuffisantes ou de systèmes bancaires peu développés, empêche les paysans d’investir dans des techniques modernes ou des intrants de qualité. Enfin, les coûts logistiques élevés, liés à des routes en mauvais état ou à des systèmes de transport inefficaces, réduisent la compétitivité des produits agricoles sur les marchés locaux et internationaux.

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