La planète en alerte face à un “super-El Niño”
Le prochain épisode d’El Niño sera exceptionnellement puissant. Pluies diluviennes et sécheresse record pèseront sur la disponibilité alimentaire, et des dizaines de millions de personnes risquent de souffrir de la faim.
Un super-El Niño est actuellement en cours et devrait atteindre son pic d’intensité entre novembre et décembre 2026. Ce phénomène, caractérisé par un réchauffement anormal des eaux du Pacifique, est mesuré par l’anomalie de température dans une zone appelée région El Niño 3.4. Les scientifiques prévoient une hausse de température de 2,5°C à 3,5°C dans cette zone, un niveau jamais observé auparavant dans les relevés modernes. L’Organisation météorologique mondiale (OMM) et des climatologues comme Xavier Fettweis (université de Liège) et Adam Scaife (service météo britannique) confirment que ce super-El Niño est déjà installé et s’intensifiera dans les mois à venir. Contrairement aux épisodes précédents, celui-ci pourrait dépasser les seuils connus, générant des anomalies climatiques imprévisibles dans des régions habituellement épargnées.
Les effets de ce super-El Niño se font déjà sentir dans plusieurs régions du monde, avec des perturbations climatiques majeures. En Amérique du Sud, en Australie, en Indonésie et en Afrique australe, les régimes de pluie s’inversent : des zones habituellement sèches subissent des pluies diluviennes, tandis que des régions humides connaissent des sécheresses record. Par exemple, le canal de Panama, alimenté par des lacs artificiels, a réduit son trafic de 33 % depuis mai 2026 en raison d’une baisse des précipitations. Au Salvador, la première récolte de céréales a chuté de 20 % à cause de l’absence de pluie. En Indonésie, les incendies de forêt, favorisés par la sécheresse, ont ravagé des centaines de milliers d’hectares. En Californie, les vagues puissantes érodent les côtes, augmentant l’érosion de près de 70 %.
Le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies alerte sur le risque de voir 49 millions de personnes supplémentaires basculer dans l’insécurité alimentaire aiguë d’ici fin 2027. Cet épisode El Niño aggravera la situation dans 45 pays déjà confrontés à la faim, notamment en Amérique centrale, en Afrique australe et de l’Est, ainsi qu’en Asie du Sud et du Sud-Est. Les sécheresses et inondations liées au phénomène menacent les récoltes et les stocks alimentaires. Le PAM a déjà renforcé ses interventions dans huit pays, dont le Soudan du Sud, le Tchad, la Mauritanie et le Guatemala, en utilisant des mécanismes de financement anticipé comme des assurances catastrophes. Le directeur du PAM, Carl Skau, souligne que ces perturbations pourraient transformer des situations précaires en crises humanitaires.
Les précédents super-El Niño, comme ceux de 1982-1983 et 1997-1998, ont déjà coûté respectivement 4 100 et 5 700 milliards de dollars à l’économie mondiale sur cinq ans. Pour 2026, la banque Morgan Stanley prévoit des perturbations économiques majeures : hausse des prix du sucre (Brésil, Asie), du cacao (Afrique de l’Ouest) et du cuivre (Chili), en raison d’inondations dans les mines. L’inflation alimentaire pourrait toucher de nombreux pays africains et latino-américains, aggravant leur dette souveraine. Les secteurs agricoles et miniers sont particulièrement vulnérables, avec des risques de pénuries et de coûts accrus pour les consommateurs.
Contrairement aux populations des épisodes passés, les pays et institutions disposent aujourd’hui d’outils pour anticiper les impacts de ce super-El Niño. L’OMM et les services météorologiques nationaux surveillent en temps réel l’évolution du phénomène et alertent les gouvernements. Certains pays, comme le Panama et le Salvador, ont déjà déclaré l’état d’urgence et pris des mesures comme la réduction du trafic maritime ou la déclaration de sécheresse nationale. Cependant, les scientifiques insistent sur la nécessité d’une préparation exceptionnelle pour éviter une crise humanitaire. Celeste Saulo, secrétaire générale de l’OMM, rappelle que ces outils permettent de limiter les dégâts, mais que leur efficacité dépendra de la rapidité et de l’ampleur des réponses mises en place.
Bien que ce *super-El Niño* ne soit pas directement causé par le réchauffement climatique, ses effets seront amplifiés par celui-ci. Les scientifiques, comme Xavier Fettweis, soulignent que le dérèglement du climat a tendance à *grossir les extrêmes* : les sécheresses seront plus intenses et les pluies plus violentes. Les modèles climatiques indiquent que les anomalies de précipitations et de températures pourraient dépasser les seuils habituels, rendant les prévisions plus incertaines. Par exemple, un pic de température de 3°C dans la région El Niño 3.4 pourrait générer des réactions en chaîne imprévisibles dans d’autres parties du globe, comme des inversions de régimes de pluie dans des zones non habituellement touchées.

