Les étudiants étrangers : une clé du soft power
Pendant que Pékin cherche à séduire la jeunesse mondiale pour compenser son déclin démographique, Canberra parie sur des campus délocalisés pour contourner ses propres limites migratoires. Explications du “South China Morning Post” et du “Sydney Morning Herald”..
La Chine fait face à un déclin démographique marqué, illustré par le nombre croissant de jeunes Chinois ayant passé en 2026 les épreuves du gaokao, l'examen national d'entrée dans l'enseignement supérieur. Avec près de 13 millions de candidats cette année-là, ce chiffre reflète une baisse progressive des cohortes de jeunes, un phénomène qui menace la compétitivité économique et stratégique du pays à long terme. Wang Huiyao, chercheur et fondateur du think tank pékinois Centre for China and Globalization, souligne que cette situation nécessite une réponse urgente pour attirer davantage d'étudiants étrangers. Selon lui, ces étudiants ne se contentent pas de participer à des échanges universitaires : ils contribuent à bâtir des réseaux de talents qui façonneront l'économie mondiale de demain. La Chine doit donc se positionner comme un pôle d'excellence éducative pour rester compétitive face à d'autres grandes puissances.
Pour attirer les étudiants étrangers, Wang Huiyao propose une réforme en profondeur du système éducatif chinois. Il recommande d'accorder plus d'autonomie aux universités, de développer des cursus multilingues et d'améliorer l'intégration des étudiants internationaux avec les locaux. Une autre priorité est de clarifier les débouchés professionnels après l'obtention du diplôme, afin que les étudiants étrangers restent en Chine et contribuent à son économie. L'objectif est de transformer le pays en une destination attractive pour les talents mondiaux, tout en renforçant son soft power, c'est-à-dire son influence culturelle et diplomatique à l'échelle internationale. Cette stratégie vise à compenser le déclin démographique en s'appuyant sur une main-d'œuvre qualifiée et diversifiée.
L'Australie, comme d'autres pays, dépend fortement des revenus générés par les étudiants internationaux, qui représentent une part significative des budgets des universités locales. Cependant, le nombre de visas accordés à ces étudiants est strictement encadré par la loi, limitant ainsi leur contribution économique directe. Face à cette contrainte, les universités australiennes explorent une solution alternative : l'ouverture de campus délocalisés à l'étranger, notamment en Asie. Cette approche permet de contourner les plafonds de visas tout en maintenant un flux de revenus. Par exemple, l'université de Nouvelle-Galles-du-Sud a ouvert un campus à Bangalore, en Inde, une destination prisée en raison de sa classe moyenne nombreuse et de sa jeunesse critique envers les institutions locales.
L'Inde est devenue une cible privilégiée pour les universités étrangères en raison de sa population jeune et nombreuse, ainsi que de son marché éducatif en expansion. En juillet 2026, les Premiers ministres de l'Inde et de l'Australie se sont rencontrés pour renforcer leur partenariat dans le domaine de l'éducation. L'Australie, représentée par le chef du gouvernement Anthony Albanese, voit dans l'enseignement délocalisé une opportunité de bénéficier des avantages de la diplomatie douce sans affronter les risques politiques liés à l'immigration massive. Cette stratégie permet de former des talents locaux tout en évitant les débats controversés sur l'accueil des étudiants étrangers en Australie. Les campus offshore offrent également des diplômes à moindre coût pour les étudiants, ce qui les rend plus accessibles.
Le *soft power*, ou pouvoir d'influence, désigne la capacité d'un pays à attirer et à convaincre plutôt qu'à contraindre. Dans le domaine de l'éducation, les étudiants étrangers jouent un rôle clé en tant qu'ambassadeurs culturels et économiques. Leur présence dans les universités crée des liens durables entre les pays, favorise les échanges commerciaux et renforce la réputation internationale des institutions éducatives. Pour la Chine et l'Australie, attirer ces étudiants est donc une stratégie à double avantage : elle permet de compenser les défis démographiques et économiques tout en consolidant leur position géopolitique. Cette approche illustre comment l'éducation devient un levier stratégique dans la compétition mondiale entre les nations.

