Ces artistes et scientifiques naviguent depuis un an au chevet des « fleuves en ruines »
Relier l'estuaire de la Loire au delta du Danube, tel est l'objectif du BatoLabo. À bord de ce laboratoire flottant, l'équipage témoigne de l'état de santé déplorable des fleuves européens, soumis au stress climatique et aux maladaptations.
Depuis un an, une équipe composée d’artistes et de scientifiques mène une expédition sur les fleuves français pour documenter leur état écologique. Ce projet, intitulé Fleuves en ruines, vise à alerter sur la dégradation des cours d’eau à travers une approche à la fois artistique et scientifique. Les participants naviguent sur plusieurs fleuves majeurs, dont la Loire, la Seine, le Rhône et la Garonne, en recueillant des données sur la pollution, la biodiversité et les aménagements humains. L’objectif est de créer une œuvre collective qui combine des mesures scientifiques et des créations artistiques pour sensibiliser le public à la crise environnementale des fleuves. Les artistes apportent une dimension visuelle et émotionnelle, tandis que les scientifiques fournissent des analyses précises sur l’impact des activités humaines.
L’équipe utilise des outils scientifiques pour évaluer l’état des fleuves, comme des capteurs de pollution, des prélèvements d’eau et des observations de la faune et de la flore. Par exemple, des analyses en laboratoire permettent de mesurer la concentration de microplastiques (particules de plastique inférieures à 5 mm) dans l’eau, un indicateur clé de la pollution. Les scientifiques étudient également la présence de polluants émergents (substances chimiques récentes comme les médicaments ou les produits cosmétiques) qui ne sont pas toujours régulés. En parallèle, les artistes réalisent des croquis, des photographies et des enregistrements sonores pour capturer l’ambiance des lieux et les transformations des paysages fluviaux. Ces données sont ensuite compilées pour produire un rapport et une exposition itinérante.
Les résultats préliminaires révèlent plusieurs menaces majeures pesant sur les fleuves français. La pollution industrielle et agricole est l’une des principales causes de dégradation, avec des rejets de métaux lourds, de pesticides et d’engrais dans les cours d’eau. Par exemple, la Loire est touchée par des concentrations élevées de nitrates (composés azotés issus des engrais), dépassant parfois les normes européennes. La construction de barrages et de digues perturbe également les écosystèmes en bloquant le passage des poissons migrateurs, comme le saumon ou l’anguille. Enfin, le réchauffement climatique aggrave ces problèmes en réduisant le débit des fleuves et en favorisant la prolifération d’algues nuisibles. Ces menaces sont documentées par des mesures régulières et des observations sur le terrain.
Le projet Fleuves en ruines rassemble des chercheurs de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE), des artistes indépendants et des associations environnementales comme France Nature Environnement. Les scientifiques apportent leur expertise en hydrologie, écotoxicologie et biologie, tandis que les artistes transforment les données brutes en récits accessibles au grand public. Des partenariats avec des universités et des laboratoires locaux permettent d’analyser les échantillons prélevés. Par exemple, l’INRAE a contribué à l’étude des perturbateurs endocriniens (substances chimiques interférant avec le système hormonal) dans les fleuves. L’équipe collabore également avec des collectivités locales pour organiser des ateliers et des expositions dans les villes traversées.
À l’issue de leur expédition, prévue pour durer deux ans, les participants ambitionnent de publier un rapport scientifique et une œuvre artistique pour influencer les politiques publiques. L’objectif est de montrer que les fleuves ne sont pas seulement des ressources économiques, mais des écosystèmes vivants à protéger. Les données recueillies pourraient servir de base pour des réglementations plus strictes sur les rejets industriels ou agricoles. L’exposition itinérante, prévue dans plusieurs villes françaises, vise à toucher un public large et à susciter des débats sur l’avenir des fleuves. Le projet s’inscrit dans une démarche de *science citoyenne*, où les citoyens sont associés à la collecte et à l’interprétation des données. Les organisateurs espèrent que cette approche hybride (art + science) inspirera d’autres initiatives similaires en Europe.

