Des sanctions symboliques
Que peuvent de tels coups d’épingle contre le commerce avec les colonies israéliennes en Cisjordanie?.
Onze pays européens ainsi que le Canada ont décidé de sanctionner le commerce avec les colonies israéliennes en Cisjordanie, un territoire palestinien occupé. Ces sanctions visent des produits agricoles, du vin, des cosmétiques et des biens industriels, souvent étiquetés Made in Israel, sans distinction claire entre ceux issus des colonies et ceux produits en Israël même. Ces colonies sont considérées comme illégales selon le droit international, notamment un avis consultatif de la Cour internationale de justice (CIJ) en 2024, qui a rappelé que les États ne doivent pas reconnaître ni soutenir cette occupation. Pourtant, jusqu’à présent, les condamnations verbales des gouvernements occidentaux n’ont pas suffi à faire cesser l’expansion des colonies, soutenue par Israël depuis plus de 60 ans.
Le ministre britannique des Affaires étrangères a accusé des colons israéliens de perpétrer un nettoyage ethnique en Cisjordanie, avec la complicité passive du gouvernement israélien. Ces accusations s’appuient sur des rapports décrivant des violences et des déplacements forcés de Palestiniens par des groupes de colons, souvent qualifiés de terroristes. La situation est décrite comme grave, avec une pression accrue sur les populations locales. Ces déclarations interviennent dans un contexte où le droit international est régulièrement bafoué, sans réaction concrète de la part de la communauté internationale jusqu’à présent.
La solution à deux États, qui prévoit la création d’un État palestinien aux côtés d’Israël, est au cœur du conflit israélo-palestinien. Trois dirigeants occidentaux – Mark Carney (Royaume-Uni), Andy Burnham (Royaume-Uni) et Emmanuel Macron (France) – ont réaffirmé leur soutien à cette solution lors d’une déclaration commune. Leurs pays ont reconnu l’État de Palestine en 2025 et prévoient de renforcer les mesures pour protéger cette option. Ils coprésideront une réunion à l’ONU en septembre 2026 pour relancer les efforts de paix. Cependant, cette solution semble de plus en plus compromise, notamment en raison de l’opposition croissante en Israël.
Le gouvernement israélien, dirigé par Benjamin Nétanyahou, rejette catégoriquement la solution à deux États. Nétanyahou, recherché par la Cour pénale internationale (CPI) pour crime contre l’humanité, ainsi que ses ministres, ont maintes fois exprimé leur opposition à cette solution. Même l’opposition israélienne, qui affrontera Nétanyahou lors des élections d’octobre 2026, n’y est pas favorable. Un sondage de juin 2026 révèle que seulement 22 % des Israéliens juifs soutiennent cette solution, contre 63 % qui y sont opposés. Depuis les attaques du Hamas le 7 octobre 2023, l’opinion publique israélienne est encore moins encline à accepter un compromis.
Les sanctions adoptées contre les colonies israéliennes sont qualifiées de symboliques car elles ciblent des produits et des individus sans toucher aux responsables politiques ou militaires. Par exemple, des sanctions similaires contre l’Iran ou la Russie n’ont pas modifié le comportement de leurs gouvernements. En Israël, le ministre de la Défense, Israël Katz, a même évoqué publiquement la nécessité de déporter les deux millions de Palestiniens de Gaza, ce qui constituerait un crime de guerre. Ces mesures risquent donc d’avoir peu d’impact réel sur une politique menée depuis le sommet de l’État.
Les *accords d’Abraham*, signés en 2020 sous l’impulsion de Donald Trump, visaient à normaliser les relations entre Israël et plusieurs pays arabes pour stabiliser la région. Ces accords ont permis à certains États, comme les Émirats arabes unis ou Bahreïn, d’établir des liens diplomatiques et économiques avec Israël. Cependant, l’Arabie saoudite a refusé de participer tant que la question palestinienne n’était pas résolue. Selon l’expert Jean-Pierre Filiu, ces accords ont plutôt *encouragé la guerre* que la paix, notamment depuis le conflit du 7 octobre 2023. Ils n’ont pas empêché l’escalade militaire entre Israël et l’Iran, ni protégé les Palestiniens de l’offensive israélienne à Gaza.

