Bab el-Mandeb : le contrôle houthiste fait peser un risque sur les approvisionnements européens en diesel et kérosène
Près d’un tiers du diesel importé par l’Union provenait du Golfe en 2025 L’article Bab el-Mandeb : le contrôle houthiste fait peser un risque sur les approvisionnements européens en diesel et kérosène est apparu en premier sur Le Grand Continent..
Le 10 et 11 septembre 2026, les Houthis, un groupe armé yéménite, ont pris le contrôle du port de Mocha et progressé vers l’île de Perim, s’emparant ainsi du détroit de Bab el-Mandeb. Ce détroit, situé entre la mer Rouge et le golfe d’Aden, est l’un des passages maritimes les plus stratégiques au monde. Il relie l’Europe à l’Asie via le canal de Suez et permet d’éviter le détroit d’Ormuz, bloqué par l’Iran depuis plusieurs années. Avant cette prise de contrôle, 66 % des importations européennes de kérosène et 58 % de celles de diesel transitaient par Bab el-Mandeb. Le pétrole brut, lui, n’était concerné qu’à hauteur de 17 %. Cette route maritime est donc cruciale pour l’approvisionnement en carburants raffinés, essentiels à l’économie européenne.
L’Europe dépend fortement des importations de diesel et de kérosène, deux carburants raffinés essentiels à son économie. En 2025, 66 % du kérosène et 58 % du diesel importés par l’Union européenne passaient par Bab el-Mandeb. Le gazole est principalement utilisé pour le transport routier, tandis que le kérosène alimente presque exclusivement l’aviation. Depuis 2009, l’Europe consomme davantage de kérosène qu’elle n’en produit, avec une consommation en hausse de 23 % entre 2013 et 2025, contre une production en hausse de seulement 12 %. Cette dépendance s’explique par la réduction des capacités de raffinage en Europe, où près d’un tiers des raffineries ont fermé ou été transformées depuis 2009, réduisant la capacité totale de 13 % depuis 2000.
Pour compenser la baisse des importations de brut russe, l’Europe s’est tournée vers les pays du Golfe, dont la part dans les importations de diesel est passée de 2,4 % en 2013 à 31,6 % en 2025. Ces pays ont investi massivement dans leurs capacités de raffinage, ajoutant 1,6 million de barils par jour entre 2020 et 2024. Cependant, ces installations ont été ciblées par des frappes iraniennes, comme celles de Ruwais aux Émirats arabes unis et Mina Abdulla au Koweït. Près de la moitié des importations européennes de kérosène proviennent également du Golfe, avec une dépendance accrue vis-à-vis du Koweït. Cette situation expose l’Europe à des risques d’approvisionnement en cas de perturbations dans la région.
Entre janvier et juin 2026, les réserves européennes d’urgence de kérosène ont chuté de 35 %, contre 29 % pour l’essence et 20 % pour le gazole. Cette baisse s’explique par la dépendance accrue à des bruts plus légers et moins soufrés, qui produisent moins de distillats moyens comme le diesel ou le kérosène. Ces bruts, autrefois moins chers, sont désormais plus coûteux car ils viennent de plus loin et sont disputés par d’autres grands importateurs. Par ailleurs, les États-Unis, qui sont devenus une source majeure d’approvisionnement pour l’Europe, voient leurs réserves stratégiques de distillats diminuer rapidement : -21 % entre février et juin 2026, et -31 % à la mi-septembre. Sous la pression des prix intérieurs, l’administration américaine envisage de restreindre les exportations de diesel, ce qui aggraverait la crise d’approvisionnement en Europe.
Début septembre 2026, le prix du diesel a dépassé les 200 dollars le baril aux États-Unis, soit près du double du niveau d’avant-guerre, et les prix européens ont suivi une évolution similaire. Cette hausse s’explique par la réduction des exportations de diesel du Golfe et de Russie, désormais inférieures de 1,6 million de barils par jour à leur niveau de février 2026. Les raffineries européennes, conçues pour traiter des bruts moyens et soufrés comme l’Oural russe, ne peuvent pas compenser cette baisse, car ces bruts ne représentent plus que 6 % des importations européennes contre 31 % en 2013. Les bruts de remplacement, plus légers et moins soufrés, sont plus chers et moins adaptés à la production de distillats moyens, aggravant ainsi la pression sur les prix et l’économie européenne.

