États-Unis : les caméras Flock, détestées depuis tous les bords politiques
Déployées largement à travers le pays, plébiscitées par les forces de l’ordre mais critiquées pour leurs usages abusifs, les caméras de lecture de plaques minéralogiques et de reconnaissance de véhicules Flock sont devenues un nouveau sujet transpartisan de détestation technologique aux États-Unis. Comment devient-on la marque la plus détestée d’un pays en quelques mois ? […].
Flock est une entreprise américaine fondée en 2017 qui a développé un réseau de caméras capables de lire et d'analyser les plaques d'immatriculation des véhicules. Ces caméras, équipées d'intelligence artificielle (IA), sont installées dans 49 États américains (sauf l'Alaska) et forment un réseau de 130 000 unités. Elles permettent de collecter des données comme la marque, le modèle ou d'autres caractéristiques des voitures, et de les stocker dans une base de données centralisée. Flock revendique avoir aidé à résoudre un million d'enquêtes criminelles en un an, en permettant aux forces de l'ordre de suivre les déplacements des véhicules. Cependant, cette technologie soulève des questions majeures sur la vie privée et les libertés individuelles.
En moins de dix ans, Flock est devenue un acteur majeur du marché de la surveillance aux États-Unis. En avril 2026, sa valorisation atteignait 8,4 milliards de dollars, grâce à l'adoption massive de ses caméras par les forces de l'ordre. Environ 7 000 agences de police, soit 40 % des services du pays, utilisent ses outils. Cette adoption rapide s'explique par l'efficacité apparente des caméras pour résoudre des affaires criminelles, comme des vols de voitures, des disparitions ou des enlèvements. Pourtant, cette croissance s'accompagne de controverses croissantes, notamment sur l'utilisation abusive de ces données.
Malgré leur utilité policière, les caméras Flock ont été détournées de leur usage initial à plusieurs reprises. Par exemple, une cinquantaine d'officiers de police ont utilisé le système pour surveiller leurs ex-partenaires, tandis que l'agence locale de l'immigration et des douanes (ICE) a accédé illégalement aux données pour traquer des personnes. En 2025, un policier texan a consulté 80 000 caméras pour retrouver une femme dénoncée par son partenaire pour avoir avorté. Ces dérives ont également touché des manifestations ou conduit à des erreurs judiciaires, comme le suivi erroné d'une personne pendant des jours. Ces cas ont révélé les limites et les risques d'un système aussi puissant.
Face à ces abus, plusieurs États américains ont décidé de se séparer de Flock. En Floride, le ministère des Transports a ordonné l'arrêt de l'utilisation des caméras dans les 30 jours, invoquant des problèmes de gestion des données et de vie privée. En Pennsylvanie, le gouverneur démocrate a proposé une loi bipartisane pour interdire ces caméras dans tout l'État. Des sénateurs comme le républicain Josh Hawley ou le démocrate Bernie Sanders ont critiqué publiquement Flock, la qualifiant de symbole de la surveillance de masse par IA. Ces réactions montrent une opposition croissante, transcendant les clivages politiques traditionnels.
L'opposition à Flock ne se limite pas aux politiques : des citoyens américains s'organisent pour protester contre ces caméras. Sur les réseaux sociaux, des appels à vandaliser les poteaux supportant les caméras ou à les masquer avec des objets ont circulé. Certains projets collaboratifs, comme DeFlock, répertorient les emplacements des caméras dans tout le pays. Des vidéos virales montrent des méthodes créatives pour les rendre inefficaces, comme se déguiser en Darth Vader pour bloquer l'objectif. Ces actions illustrent un rejet massif de cette technologie, même si elle n'est pas encore déployée en France.
Flock a tenté de répondre aux critiques en réduisant la durée de stockage des données de un mois à une semaine, car 90 % des recherches ont lieu dans ce délai. L'entreprise a aussi créé un mode dédié aux enquêtes ouvertes, où les données sont conservées plus longtemps. Cependant, ces mesures sont jugées insuffisantes par les associations de défense des libertés, comme l'*ACLU*, qui estime que Flock reste une menace majeure pour les libertés civiles. Malgré les retraits de contrats par certaines villes, Flock continue parfois à installer ou réinstaller ses caméras, ce qui alimente la colère des opposants.

