Épisode extrême d’El Niño : « Tout est en train de sécher » au Honduras
Zoom sur une des régions touchées : le Corridor sec de l’Amérique centrale, où on cultive du maïs et du café..
Le Honduras, un pays d'Amérique centrale, subit une sécheresse historique depuis mai 2026, aggravée par un épisode particulièrement intense du phénomène climatique El Niño. Cette anomalie, qui se produit tous les deux à sept ans, se caractérise par une élévation anormale des températures des eaux de surface dans l'océan Pacifique équatorial. Les vents poussent ces eaux chaudes vers la côte ouest des Amériques, perturbant les régimes de pluie. Dans la région du Corridor sec à l'ouest du Honduras, les sols sont si arides que les routes en terre semblent recouvertes de sable. Les habitants décrivent une situation où « tout est en train de sécher », avec des conséquences dramatiques sur les cultures et les moyens de subsistance.
La sécheresse a détruit près de la moitié des récoltes de maïs dans la région de Marcala, une zone agricole du Honduras. Les petits producteurs, comme Marvin Marquez, voient leurs champs de maïs briller par l'absence d'épis, réduisant leur production alimentaire. La culture du café, principale source de revenus pour de nombreuses familles, est également gravement touchée. Les plants de café souffrent de la rouille du café, un parasite qui profite des conditions climatiques extrêmes pour se développer. Les fruits mûrissent trop tôt, et leur taille ainsi que leur qualité sont diminuées. Certains caféiers sont déjà morts, tandis que d'autres produisent des grains de café de moindre valeur. Les producteurs comme Esmeralda Rodriguez estiment que leur investissement dans cette culture pourrait être vain cette année.
La sécheresse a des répercussions économiques profondes sur les familles honduriennes. Marvin Marquez, père de trois enfants, explique que sa famille n'a pas les moyens d'acheter du poulet pour Noël en raison de la perte de revenus liée à la mauvaise récolte de café. Les ventes dans les petits commerces locaux, comme celui d'Esmeralda Rodriguez, ont également chuté, forçant les habitants à économiser leurs ressources. La crise touche l'ensemble de la région, où les familles dépendent souvent de l'argent envoyé par des proches vivant à l'étranger. Certains, comme Isaias, le fils aîné d'Esmeralda, envisagent de quitter la région si la situation ne s'améliore pas, évoquant une possible migration forcée par le climat.
Face à cette crise, certains producteurs comme Efraim Urquía tentent de s'adapter en modifiant leurs pratiques agricoles. Il a planté des arbres autour de ses caféiers pour créer de l'ombre et retenir l'humidité, une méthode qui semble porter ses fruits malgré les conditions difficiles. Bryan Lara, un technicien agricole employé par une ONG américaine, souligne que les changements climatiques ne peuvent être arrêtés, mais que des adaptations locales, comme la plantation d'arbres ou l'utilisation de feuilles de bananes pour couvrir le sol, peuvent aider à préserver les cultures. Cependant, ces solutions demandent du temps et des ressources, ce qui n'est pas accessible à tous les producteurs.
La baisse de la production de café au Honduras, aggravée par El Niño, devrait entraîner une hausse des prix du café sur les marchés internationaux. Rodolfo Peñalba, directeur d'un important distributeur de café dans la région, estime que le tiers des petits producteurs honduriens pourraient abandonner leur métier en raison de la crise. Les grandes entreprises, capables de payer plus cher, achèteront le peu de café disponible, laissant les petits producteurs avec des revenus encore plus réduits. Cette situation pourrait exacerber les inégalités économiques dans la région et rendre l'accès au café plus difficile pour les consommateurs.
L'épisode d'El Niño en cours en 2026 est l'un des plus puissants observés depuis quatre décennies, selon l'ONU. Ce phénomène, combiné au réchauffement climatique, aggrave les conditions météorologiques extrêmes dans plusieurs régions du monde. Au Panama et au Salvador, des alertes ont été lancées en raison des impacts d'El Niño. Dans l'est du Canada, les effets pourraient se traduire par un hiver plus chaud et sec, tandis que les Prairies canadiennes pourraient connaître un hiver sec et doux. Ces perturbations climatiques soulèvent des questions sur la résilience des populations face aux changements globaux et sur la nécessité de mesures d'adaptation à grande échelle.

