Quatre piliers pour faire fleurir l’ambition francophone
Les mutations du monde et la rareté des ressources obligent à un réexamen des priorités..
Dans les deux prochaines années, la Francophonie organisera deux sommets majeurs de ses chefs d’État et de gouvernement : l’un au Cambodge en novembre 2026, l’autre au Canada à l’automne 2028. Ces rencontres visent à redéfinir les priorités de l’organisation face aux mutations mondiales et aux défis propres à l’espace francophone. La Francophonie regroupe 80 pays membres, principalement situés en Afrique, en Europe et en Amérique du Nord. Elle cherche à renforcer la coopération entre ces États, souvent confrontés à des ressources limitées. L’objectif est de mieux structurer ses actions autour de quatre domaines prioritaires : l’économie, l’éducation, la culture et la gouvernance.
L’auteur propose la création d’un Institut francophone du développement économique, un organe subsidiaire de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Cet institut aurait pour mission de regrouper les initiatives économiques éparses et d’assurer leur cohérence. Il serait dirigé par un conseil autonome associant des représentants du secteur public, du secteur privé, de l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF) et de la société civile. Ses priorités incluent la facilitation du commerce entre pays francophones, par exemple en élaborant des instruments juridiques pour réduire les barrières tarifaires, comme l’a fait la Chine avec les produits africains. L’institut organiserait aussi une conférence biennale des ministres de l’Économie pour évaluer les politiques mises en place. Son financement pourrait provenir en partie des milieux d’affaires, en échange des avantages politiques et de la visibilité offerts par la Francophonie.
La Francophonie doit devenir le premier partenaire des systèmes éducatifs des pays du Sud membres, notamment en Afrique francophone, où 25 millions de naissances sont attendues chaque année d’ici 2050. L’apprentissage du français y passe quasi exclusivement par l’école, ce qui rend l’accès à l’éducation crucial. Pour financer cette ambition, l’auteur suggère la création d’une fondation internationale dotée d’un conseil puissant, capable de lever des fonds à grande échelle. Cette fondation permettrait de répondre aux besoins éducatifs des pays du Sud, tout en associant les pays du Nord à cet effort. L’enjeu est double : garantir le droit à l’éducation pour chaque enfant et renforcer la place du français comme langue d’enseignement et de communication.
Les secteurs de la culture et des communications, essentiels à l’identité francophone, sont menacés par la domination des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft), soutenus par des politiques américaines comme celles de l’ancien président Donald Trump. Pour contrer cette offensive, la Francophonie doit structurer un espace culturel commun et créer un marché international des cultures francophones. Cela implique de regrouper les productions culturelles des 80 pays membres sur une plateforme numérique multilatérale, inspirée de TV5 Monde, qui compte déjà près de 400 millions d’utilisateurs par an. L’objectif est de garantir une meilleure découvrabilité des œuvres francophones sur les grandes plateformes comme Netflix ou Spotify, tout en offrant une alternative aux géants américains.
La Francophonie dispose d’acquis importants en matière de gouvernance, notamment les *déclarations de Bamako* et de *Saint-Boniface*, adoptées il y a 25 ans. Ces textes fondateurs visent à promouvoir l’état de droit et la démocratie dans les pays membres. L’auteur propose de les réviser via un groupe de travail composé de représentants gouvernementaux, suivi d’une conférence des ministres de la Justice. Si nécessaire, les chefs d’État et de gouvernement pourraient ensuite entériner ces révisions. Cette démarche vise à renforcer la cohérence des politiques de gouvernance au sein de l’espace francophone, en appui à un *vivre-ensemble* apaisé et équitable.

