Carney rencontre le prince héritier saoudien : « J’aimerais qu’il lui parle de Raif »
Ensaf Haidar souhaite que le premier ministre parle de droits de la personne avec Mohammed ben Salmane..
Mark Carney, premier ministre du Canada, s’est rendu en Arabie saoudite pour une visite officielle, une première depuis 26 ans. Ce déplacement survient juste après le sommet de l’OTAN, marquant une volonté de renforcer les liens entre les deux pays. L’objectif principal de ce voyage est de discuter de sujets économiques et stratégiques comme l’énergie, l’intelligence artificielle, la défense, les minéraux critiques, les infrastructures et les investissements. Ces thèmes ont été détaillés par un haut fonctionnaire canadien lors d’une séance d’information. La rencontre avec Mohammed ben Salmane, prince héritier et premier ministre saoudien, s’inscrit dans une démarche de diversification des partenariats commerciaux du Canada, notamment en dehors des États-Unis. Cette visite symbolise aussi la volonté d’Ottawa de rétablir et d’approfondir ses relations avec Riyad, après une période de tensions diplomatiques.
Lors de cette visite, la question des droits de la personne n’est pas à l’ordre du jour des discussions, selon les autorités canadiennes. Un haut fonctionnaire a précisé que, bien que les valeurs ne soient pas toujours alignées, des opportunités de coopération existent dans des domaines d’intérêt commun. Cette position contraste avec les attentes d’Ensaf Haidar, épouse de Raif Badawi, un blogueur saoudien emprisonné en 2012 pour ses critiques envers le régime. Libéré en 2022 après 10 ans de prison, Raif Badawi reste soumis à des restrictions strictes : il ne peut ni quitter l’Arabie saoudite avant 2032, ni travailler, ni écrire. Ensaf Haidar, qui vit aujourd’hui à Sherbrooke avec leurs enfants, dénonce cette situation et demande à Mark Carney d’aborder le sort de son mari avec Mohammed ben Salmane. Pour elle, ces restrictions équivalent à une nouvelle forme de punition, privant Raif Badawi et sa famille d’une vie normale.
Les relations entre le Canada et l’Arabie saoudite avaient été gravement affectées en 2018, lorsque Riyad avait expulsé l’ambassadeur canadien et rappelé le sien en réponse à des critiques d’Ottawa concernant les droits de la personne. Cette crise avait mis fin à une période de coopération commerciale intense, durant laquelle l’Arabie saoudite était le premier partenaire économique du Canada dans le monde arabe. Depuis, les deux pays ont travaillé à la réconciliation, et Mark Carney a accepté l’invitation du prince héritier saoudien pour relancer les échanges. Aujourd’hui, l’Arabie saoudite reste un marché clé pour le Canada, notamment dans le secteur de la défense, où elle est le principal client des exportations d’armes canadiennes en dehors des États-Unis. En 2025, ces exportations militaires vers Riyad s’élevaient à 404 millions de dollars, selon un rapport du gouvernement canadien.
Mark Carney a clairement indiqué que son gouvernement privilégiait les intérêts économiques dans ses relations avec l’Arabie saoudite. L’objectif est de doubler les exportations canadiennes vers des pays autres que les États-Unis d’ici 2034, et l’Arabie saoudite figure parmi les destinations prioritaires. Cette approche marque un changement par rapport à la politique du gouvernement précédent, dirigé par Justin Trudeau, où les droits de la personne occupaient une place plus importante dans les relations internationales. Lors de ses récents voyages aux Émirats arabes unis et au Qatar, Mark Carney n’a pas non plus abordé la question des droits humains. Pour le professeur Thomas Juneau de l’Université d’Ottawa, cette stratégie reflète une priorité accordée au commerce et aux investissements, même si cela signifie de mettre de côté des sujets sensibles comme les libertés fondamentales.

