Les réserves stratégiques de pétrole sont si vides que les cavernes utilisées aux États-Unis utilisent un système ingénieux pour ne pas s’effondrer
La Réserve stratégique de pétrole américaine touche à ses limites et menace de bloquer l'action de Washington face aux marchés. Plongées dans une crise d'infrastructure inédite, ses cavités géantes ne répondent plus aux règles habituelles de l'urgence..
La Réserve stratégique de pétrole américaine, créée dans les années 1970 après le premier choc pétrolier, atteint des niveaux critiques avec seulement 293 millions de barils restants. Cette réserve souterraine, située principalement au Texas et en Louisiane, sert de tampon en cas de crise énergétique majeure. Cependant, son niveau actuel de 293 millions de barils est dangereusement proche du seuil légal de 252,4 millions de barils fixé par la loi américaine. Si ce plancher est franchi, le président perdrait la possibilité d’ordonner des prélèvements de routine pour réguler les prix du pétrole, réduisant ainsi la marge de manœuvre des autorités face aux crises. Les tensions géopolitiques récentes et l’inflation ont accru les prélèvements, épuisant rapidement les stocks.
Les cavités souterraines de la réserve, creusées à près de 1 000 mètres de profondeur, sont conçues pour durer 25 ans et supporter seulement cinq cycles de remplissage et de vidange. Pourtant, elles ont déjà subi des dizaines de cycles en quarante ans. Leur stabilité repose sur un équilibre naturel : le pétrole, plus léger, flotte au-dessus d’une couche d’eau très salée appelée saumure. Pour extraire le pétrole, les ingénieurs injectent de la saumure par le bas, ce qui pousse le pétrole vers le haut. Cependant, les prélèvements massifs ont épuisé les stocks de saumure en surface, forçant l’utilisation d’eau douce. Cette eau dissout le sel des parois, fragilisant la structure et provoquant des fissures, voire des effondrements partiels.
L’injection d’eau douce dans les cavités, combinée à des températures dépassant 50 °C, crée un choc thermique qui aggrave les fissures dans le sel. Des blocs de plusieurs tonnes peuvent se détacher du plafond, endommageant les tuyaux métalliques. De plus, avec un niveau de pétrole très bas, les pompes risquent d’aspirer la boue accumulée au fond des cavités, ce qui pourrait détruire l’équipement en surface. Pour éviter ces catastrophes, les autorités ont dû réduire le débit d’extraction de 4,4 millions de barils par jour à moins d’1 million, soit une division par plus de quatre. Cette limitation réduit considérablement l’efficacité de la réserve en cas de crise.
Les ingénieurs doivent désormais surveiller en permanence l’état des cavités pour éviter un effondrement. Le système de *saumure* est au cœur de leur stratégie : il permet de maintenir la pression et la stabilité des cavités. Cependant, la pénurie de saumure et l’utilisation d’eau douce obligent à des ajustements constants. Les autorités américaines se retrouvent dans une situation délicate, où chaque décision doit concilier préservation de l’infrastructure et nécessité de répondre aux besoins énergétiques. La réserve, autrefois conçue comme un bouclier, est aujourd’hui un maillon fragile de la sécurité énergétique du pays.

