NapseflowNapseflow
Société

Pourquoi la reconnaissance du génocide arménien par Israël suscite autant de scepticisme

Slate FR · mis à jour il y a 15 j

En faisant un grand pas vers une reconnaissance officielle, le gouvernement israélien a visiblement envoyé un signal à la Turquie. Mais ce geste intervient dans un contexte de proximité stratégique et diplomatique avec l'Azerbaïdjan et de tensions croissantes autour de l'avenir de la communauté arménienne de Jérusalem..

Israël reconnaît le génocide

Le 28 juin 2026, le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Saar annonce la reconnaissance officielle du génocide arménien par Israël, qualifié de devoir moral et historique. Cette décision doit encore être validée par un vote à la Knesset, le Parlement israélien. La Turquie réagit vivement en dénonçant une décision politique, accusant Israël de détourner l'attention de ses propres actions, notamment dans la bande de Gaza. Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian adopte une position prudente, refusant de commenter cette reconnaissance pour éviter toute instrumentalisation du génocide arménien.

Partenariats stratégiques d'Israël

Israël entretient des liens étroits avec l'Azerbaïdjan, un partenaire militaire et énergétique clé. Entre 2016 et 2020, 69% des importations d'armes de l'Azerbaïdjan provenaient d'Israël, incluant des drones et des missiles utilisés lors de la guerre du Haut-Karabakh en 2020. Cette guerre, qui a fait environ 400 morts et conduit au départ de plus de 100 000 Arméniens du Haut-Karabakh, a exacerbé les tensions entre Israël et l'Arménie. En 1992, Israël fut l'un des premiers pays à reconnaître l'indépendance de l'Azerbaïdjan après la chute de l'URSS.

Contexte géopolitique complexe

La reconnaissance du génocide arménien par Israël survient dans un contexte de tensions régionales. L'Azerbaïdjan, allié de la Turquie, est un partenaire stratégique pour Israël en raison de sa proximité avec l'Iran, ennemi régional d'Israël. Cependant, cette reconnaissance suscite des critiques, notamment de la part de l'historien Bedross Der Matossian, qui souligne l'incohérence entre cette décision et le soutien militaire israélien à l'Azerbaïdjan. Selon lui, une reconnaissance crédible devrait s'accompagner de mesures concrètes pour réparer les torts causés aux Arméniens.

Blocage du vote à la Knesset

Selon le quotidien israélien Haaretz, le Premier ministre Benjamin Netanyahou aurait bloqué le vote à la Knesset sur la reconnaissance du génocide arménien après une pression diplomatique de l'Azerbaïdjan. Un conseiller du président azerbaïdjanais Ilham Aliyev aurait contacté le cabinet de Netanyahou pour exprimer son mécontentement. Cette intervention a conduit au retrait temporaire du sujet de l'ordre du jour parlementaire, illustrant les tensions entre les intérêts diplomatiques et moraux d'Israël.

Menaces sur la communauté arménienne

À Jérusalem, la communauté arménienne, forte de quelques milliers d'habitants, fait face à des discriminations et des actes de harcèlement de la part de groupes juifs ultranationalistes. Un terrain emblématique, le Jardin des vaches (Goveroun Bardez), représentant près d'un quart du quartier arménien de la vieille ville, est au cœur d'un conflit immobilier. Un accord secret signé en 2021 entre le Patriarcat arménien de Jérusalem et la société Xana Capital prévoyait la construction d'un hôtel de luxe, mais a été annulé en 2023 après une fronde interne et des accusations de corruption.

Enjeux juridiques et symboliques

Le conflit autour du Jardin des vaches oppose désormais le Patriarcat arménien de Jérusalem, qui conteste la légalité de l'accord de 2021, à la société Xana Capital. En septembre 2025, le Patriarcat a réaffirmé que l'accord était illégal, non canonique, nul et non avenu. Ce litige a pris une dimension politique, certains accusant des acteurs liés au projet d'être proches de réseaux nationalistes juifs cherchant à étendre leur emprise sur des quartiers historiques de Jérusalem. La communauté arménienne dénonce des intimidations et des menaces.

Ce que ça pourrait changer

Bedross Der Matossian, historien spécialiste du génocide arménien, met en doute la sincérité de la reconnaissance israélienne. Pour lui, cette décision perd toute crédibilité si Israël ne reconnaît pas son rôle dans le soutien à l'Azerbaïdjan lors de la guerre du Haut-Karabakh et ne protège pas les Arméniens de Jérusalem. Il souligne que la protection des communautés arméniennes vulnérables constitue un test essentiel pour la crédibilité de cette reconnaissance. La communauté arménienne attend des actes concrets pour valider cette initiative symbolique.

Sujets complémentaires