À la recherche du Québec : le facteur « maringouin »
« Dans toutes sortes de situations, de négociations, j’ai remarqué qu’il y a deux types de personnes... ».
L’article décrit un trajet en voiture depuis le Témiscamingue, une région du Québec, jusqu’à Val-d’Or, une ville minière de l’Abitibi. Le voyage traverse des paysages variés, des vallées bucoliques aux villes industrielles comme Rouyn et Malartic. Val-d’Or est présentée comme une porte d’entrée vers le territoire cri (Eeyou), où se trouve le siège du gouvernement cri. Les Cris, l’une des Premières Nations les plus populeuses du Québec avec 21 065 personnes, vivent principalement autour de la baie James et de la baie d’Hudson. Le texte souligne l’importance stratégique de Val-d’Or pour les relations entre le Québec et les Cris, notamment en raison de la présence du gouvernement cri dans cette ville.
Le grand chef des Cris, Paul John Murdoch, est décrit comme une figure charismatique et chaleureuse, vêtu d’une chemise blanche et d’une veste de cuir noir à l’effigie de la marque de moto Indian. Né en 1971, il incarne la génération ayant grandi après la Convention de la Baie-James, un accord historique signé en 1975 entre les Cris, les Inuits et le gouvernement québécois de Robert Bourassa. Cet accord, souvent appelé le projet du siècle, a marqué un tournant dans les relations entre les deux nations en reconnaissant leurs droits sur le territoire. Paul John Murdoch parle couramment le français, le cri, l’anglais et l’espagnol, ayant vécu un an et demi au Mexique. Il évoque son parcours en sciences politiques et sa participation aux négociations ayant mené à la Paix des braves en 2002, un autre accord clé entre les Cris et le Québec.
Paul John Murdoch distingue deux approches dans les relations entre les Autochtones et les gouvernements. La première consiste à traiter les Autochtones avec condescendance, en utilisant des termes comme Indien au sens de la Loi sur les Indiens (1975), une loi fédérale qui encadre le statut des Premières Nations. La seconde approche, incarnée par des figures comme Bernard Landry, ancien premier ministre du Québec, consiste à considérer les Autochtones comme des partenaires égaux. Murdoch souligne que Landry a marqué l’histoire en plaçant le bien collectif avant ses ambitions personnelles, ce qui a permis de construire une relation de confiance avec les Cris. Il regrette que le gouvernement actuel de François Legault semble adopter une approche plus transactionnelle, moins respectueuse de cette relation.
Paul John Murdoch explique que les maringouins (moustiques) ont joué un rôle inattendu dans l’histoire des Cris. Au début du 20e siècle, lorsque des agents du gouvernement ont tenté de négocier des traités pour s’approprier le territoire cri, ils ont rapidement abandonné en raison de l’abondance de maringouins. Cette anecdote illustre l’importance de bien connaître le terrain et de respecter les réalités locales avant d’entreprendre des projets. Murdoch utilise cette histoire pour critiquer un projet récent du gouvernement québécois, celui de l’entreprise Flying Whales, qui visait à développer des dirigeables pour le transport de marchandises dans le Nord. Après sept ans et des dizaines de millions d’euros investis, aucun dirigeable n’a encore été produit, en partie à cause des conditions climatiques difficiles (vent, glace, maringouins).
Pour Paul John Murdoch, le développement du Nord québécois doit se faire ensemble, en collaboration avec les communautés cries. Il souligne que dix projets miniers sont actuellement en cours dans le territoire cri, mais que sept d’entre eux sont bloqués faute d’infrastructures adaptées. Il critique l’approche transactionnelle du gouvernement actuel, qui selon lui ne respecte pas les équipes sur le terrain ni les besoins des communautés. Murdoch craint que cette approche ne renforce le sentiment d’isolement et d’angoisse chez les jeunes Cris, qui pourraient se sentir traités comme une simple obligation administrative plutôt que comme des partenaires à part entière. Il insiste sur l’importance de maintenir une relation de confiance pour éviter des dommages durables.
L’article mentionne deux accords historiques entre les Cris et le Québec : la *Convention de la Baie-James* (1975) et la *Paix des braves* (2002). La première a permis aux Cris de négocier des droits sur leur territoire en échange de la réalisation de grands projets hydroélectriques, comme celui de la baie James. La seconde a renforcé cette relation en établissant un nouveau cadre de collaboration, notamment en matière d’éducation, de santé et de développement économique. Ces accords sont souvent cités comme des exemples de négociation réussie entre une nation autochtone et un gouvernement provincial. Le texte souligne que ces avancées sont menacées par les politiques actuelles, jugées moins respectueuses de cette dynamique relationnelle.

